« On en intercepte toutes les semaines et on constate une demande grandissante. » Le constat, dressé auprès de l’AFP par un analyste de l’Observatoire des médicaments de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), résume l’ampleur du phénomène. Dans une enquête publiée le 2 octobre, l’agence de presse décrit un trafic en ligne de traitements anti-obésité et de peptides non autorisés qui s’intensifie en France, au point de mettre en difficulté les autorités chargées de l’endiguer.
Ce qu’il faut retenir
- Selon l’Observatoire des médicaments des douanes (DNRED), des produits sont interceptés « toutes les semaines », avec une demande grandissante.
- Le rétatrutide, molécule de Lilly encore en essai, figure parmi les produits saisis ; une dizaine de signalements d’effets indésirables depuis le printemps.
- L’ANSM a pris une dizaine de décisions de police sanitaire et saisi Pharos et la justice, mais ne peut pas fermer elle-même un site.
- En 2025, environ dix effets indésirables liés à des GLP-1 achetés en ligne ont été signalés, dont un coma hypoglycémique chez un homme de 33 ans.
- Pour le pharmacologue qui coordonne l’enquête de pharmacovigilance, ces chiffres sont « très fortement sous-estimés ».
Des dizaines de sites, des produits venus d’Inde et de Chine
Selon l’AFP, des dizaines de sites internet proposent illégalement des analogues du GLP-1 comme l’Ozempic ou le Wegovy, mais aussi des peptides sans autorisation de mise sur le marché, vantés pour maigrir ou pour la récupération musculaire. Parmi les produits saisis par les douanes figure le rétatrutide, le triple agoniste d’Eli Lilly, qui n’est autorisé nulle part : il est encore en phase 3 d’essais cliniques.
À l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP), le commandant Hugo Rodrigues observe lui aussi « une augmentation du trafic », tout en reconnaissant qu’elle est difficile à quantifier. « C’est malheureusement extrêmement facile de se procurer ces produits », regrette-t-il. La plupart proviennent d’Inde ou de Chine. Ce marché gris, que nous documentons depuis des mois, présente des risques bien identifiés, de la pureté aléatoire des flacons aux contaminations.
Une ANSM qui alerte, mais ne peut pas tout
L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a donné l’alerte dès septembre 2025 sur les médicaments anti-obésité vendus en ligne, puis a étendu ses mises en garde aux peptides à l’été 2026. Dans son alerte de juillet, relayée par le Vidal, elle citait notamment le rétatrutide, le TB-500, le GHK-Cu, le BPC-157 et le NAD+, en rappelant que des effets indésirables graves ayant conduit à des hospitalisations avaient été rapportés.
D’après l’AFP, l’agence a pris « une dizaine de décisions de police sanitaire » et transmet des signalements à Pharos, la plateforme du ministère de l’Intérieur dédiée aux contenus illicites, ainsi qu’à la justice. Mais elle reconnaît que le phénomène « reste difficile à endiguer ». Les autorités ne peuvent pas fermer directement un site : ce sont les hébergeurs ou les administrateurs qui doivent retirer les annonces. Et quand un site disparaît, « le lendemain, un autre ouvre », résume le commandant Rodrigues.
S’ajoute un obstacle juridique : certains peptides ne sont pas formellement qualifiés de médicaments, ce qui complique leur saisie. Le cadre légal applicable en France est détaillé dans notre article sur les saisies et les risques pour l’acheteur.
Des effets indésirables « très fortement sous-estimés »
Côté santé, le bilan connu reste limité, mais inquiétant. En 2025, une dizaine d’effets indésirables liés à des GLP-1 achetés sur internet ont été signalés en France. Parmi eux, celui d’un homme de 33 ans tombé dans un coma hypoglycémique après s’être injecté un produit présenté comme de l’Ozempic, qui contenait vraisemblablement de l’insuline. Ce type de substitution est l’un des dangers des faux stylos, que nous expliquons dans notre guide pour reconnaître les faux stylos Ozempic, Wegovy et Mounjaro.
Le pharmacologue Jean-Luc Faillie, qui coordonne l’enquête de pharmacovigilance sur ces produits, estime que ces chiffres sont « très fortement sous-estimés ». Il relève en outre une dizaine de signalements liés au rétatrutide depuis le printemps, une situation qu’il qualifie d’inédite pour un médicament encore en développement. Il plaide pour une lutte accrue contre la promotion de ces produits sur les réseaux sociaux et contre la désinformation qui l’accompagne.
Ce que ça change en France et en Belgique
- Acheter en ligne de l’Ozempic, du Wegovy ou du Mounjaro hors pharmacie, ou un peptide non autorisé comme le rétatrutide, expose à des produits dont la composition n’est pas garantie.
- Le rétatrutide n’est autorisé dans aucun pays : son statut est détaillé dans notre article rétatrutide, où en est-il ?
- Les traitements autorisés s’obtiennent uniquement sur prescription, en pharmacie ; Wegovy et Mounjaro sont remboursés en France depuis juin 2026 pour certains patients.
- Tout effet indésirable, y compris avec un produit acheté en ligne, peut être déclaré sur le portail officiel signalement-sante.gouv.fr.
Sources
- AFP via Orange Actu, « Anti-obésité, peptides… la difficile lutte contre le trafic en ligne », 2 octobre 2026
- La Gazette France (AFP), « Anti-obésité, peptides… la difficile lutte contre le trafic en ligne »
- Sud Radio, « Anti-obésité, peptides : la difficile lutte contre le trafic en ligne »
- Vidal, « L’ANSM alerte sur les dangers des peptides achetés en ligne », 2 juillet 2026
- RNPC, « Wegovy et Mounjaro remboursés depuis le 15 juin 2026 »
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
