Parmi les peptides qui circulent dans les salles de sport et sur les réseaux sociaux, la tésamoréline a une particularité : c’est un vrai médicament, autorisé par la FDA. Mais pour une indication très précise, la graisse abdominale excessive chez les personnes vivant avec le VIH. Depuis quelques mois, elle s’est imposée comme l’un des produits phares du marché gris des peptides, au point que la FDA a commencé à cibler les vendeurs qui la proposent, tandis que des cas d’hospitalisation sont rapportés par la presse américaine.
Ce qu’il faut retenir
- La tésamoréline (Egrifta) est autorisée aux États-Unis uniquement pour réduire l’excès de graisse abdominale chez les adultes vivant avec le VIH et atteints de lipodystrophie.
- Une méta-analyse de janvier 2026 (5 essais randomisés) confirme une baisse de la graisse viscérale et du gras du foie, sans perturbation de la glycémie.
- Début septembre 2026, la FDA a adressé cinq lettres d’avertissement à des vendeurs en ligne, dont certains proposaient de la tésamoréline.
- Selon Forbes (25 septembre 2026), plus de 700 boutiques en ligne la proposaient ; un utilisateur a été hospitalisé après une injection.
- La tésamoréline n’est pas autorisée en France.
Un médicament de niche, bien documenté
La tésamoréline est un analogue de la GHRH, l’hormone qui stimule la sécrétion d’hormone de croissance par l’hypophyse. Elle est autorisée aux États-Unis depuis 2010 sous le nom d’Egrifta, pour réduire l’excès de graisse viscérale chez les adultes vivant avec le VIH et atteints de lipodystrophie, une redistribution anormale des graisses liée à la maladie et à certains traitements. Le 25 mars 2025, la FDA a autorisé une nouvelle formulation, Egrifta WR, qui ne nécessite plus qu’une reconstitution hebdomadaire au lieu de quotidienne.
Son efficacité dans cette indication est solidement établie. Une méta-analyse publiée en janvier 2026 dans Obesity Research & Clinical Practice, regroupant cinq essais randomisés, confirme une réduction de la graisse viscérale d’environ 28 cm² en surface mesurée, une baisse de la graisse du tronc de 1,2 kg en moyenne et une augmentation de la masse maigre de 1,4 kg. Le pourcentage de graisse dans le foie diminuait de 4,3 points. Les auteurs n’ont pas relevé d’effet indésirable grave ni de perturbation de la glycémie. Les effets secondaires associés étaient des douleurs articulaires et musculaires, des fourmillements et des réactions au point d’injection.
Un point essentiel : ces données concernent exclusivement des patients vivant avec le VIH et atteints de lipodystrophie. Elles ne disent rien de l’effet chez des sportifs ou des personnes en bonne santé cherchant à « sécher ».
Un produit phare du marché gris
Dans une enquête publiée le 25 septembre 2026, le magazine Forbes décrit l’essor des « sécrétagogues », ces peptides qui stimulent la production d’hormone de croissance, présentés en ligne comme une alternative moins chère à l’hormone de croissance elle-même. Selon un observateur du secteur cité par le magazine, qui suit environ un millier de boutiques en ligne, 714 d’entre elles proposaient de la tésamoréline au 20 septembre.
Le magazine rapporte plusieurs accidents. Un cuisinier californien de 42 ans s’est effondré chez lui après s’être injecté de la tésamoréline en juin et a été hospitalisé. D’autres utilisateurs ont fait des réactions allergiques graves, dont un choc anaphylactique, après l’injection d’un autre sécrétagogue, la sermoréline. Ces témoignages ne permettent pas d’établir avec certitude le rôle du peptide lui-même, d’un contaminant ou d’un mauvais dosage, mais ils illustrent les risques de produits injectables dont ni la composition ni la stérilité ne sont contrôlées.
La FDA passe à l’offensive
Début septembre 2026, la FDA a adressé des lettres d’avertissement à cinq vendeurs en ligne de peptides présentés comme destinés « à la recherche uniquement ». Parmi les produits visés figuraient le rétatrutide, le sémaglutide, l’élamipretide et la tésamoréline. L’agence a rejeté l’argument de l’usage en laboratoire, estimant que le contenu des sites démontrait une destination à l’usage humain, et a rappelé que les injectables non réglementés peuvent exposer à des risques graves.
La tésamoréline ne faisait pas partie des sept peptides examinés en juillet 2026 par le comité consultatif de la FDA sur la préparation magistrale.
Et en France ?
La tésamoréline n’est pas autorisée en France ni dans l’Union européenne. Elle ne peut donc être ni prescrite ni délivrée en pharmacie. Les produits vendus en ligne n’offrent aucune garantie, et l’hormone de croissance et ses facteurs de libération figurent par ailleurs sur la liste des substances interdites de l’AMA.
Ce qu’il faut retenir
- La tésamoréline est un médicament efficace pour une indication précise : la graisse viscérale chez les adultes vivant avec le VIH et atteints de lipodystrophie.
- Aucune donnée solide ne soutient son usage esthétique ou sportif chez des personnes en bonne santé.
- Elle est massivement vendue hors circuit médical ; la FDA a commencé à sanctionner certains vendeurs et des hospitalisations ont été rapportées.
- Elle n’est pas autorisée en France. Pour en savoir plus : notre fiche tésamoréline.
Sources
- Badran A.S. et al., Body composition, hepatic fat, metabolic, and safety outcomes of Tesamorelin… a meta-analysis of RCTs, Obesity Research & Clinical Practice, janvier 2026
- EATG, Theratechnologies receives FDA approval for EGRIFTA WR, mars 2025
- DailyMed, EGRIFTA WR (tesamorelin) – notice de prescription
- Forbes, These Fitness Fans Took Bootleg Peptides. It Landed Them In The Hospital, 25 septembre 2026
- Pharmaceutical Technology, FDA cracks down on online black market for weight loss peptides, 2 septembre 2026
- FDA, July 23-24, 2026: Meeting of the Pharmacy Compounding Advisory Committee
- AMA (WADA), Liste des interdictions
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
