Ozempic et « bruit alimentaire » : moins d’1 adulte sur 10 concerné, ce qu’il faut savoir

Le « bruit alimentaire », que tant d'utilisateurs d'Ozempic ou de Mounjaro disent voir disparaître, ne toucherait que 4 à 9,5 % des adultes américains. Cette prépublication, mise en ligne le 9 octobre, a été reprise lundi 27 octobre.

Assiette de légumes et salade

Vous ouvrez le frigo sans faim. Vous pensez au dîner dès le petit-déjeuner. Beaucoup d’utilisateurs d’Ozempic, de Wegovy ou de Mounjaro racontent que ce « bruit » dans la tête s’est tu avec le traitement. Combien de personnes vivent vraiment avec ? Une équipe américaine l’a mesuré. Réponse : bien moins qu’on ne l’imagine, même chez les personnes obèses.

Ce qu’il faut retenir

  • 4 à 9,5 % des adultes américains décrivent un « bruit alimentaire », selon le seuil retenu.
  • 6 à 13,7 % chez les personnes obèses : la majorité n’est pas concernée.
  • Prépublication non relue, mise en ligne le 9 octobre, reprise le 27 octobre.
  • Wegovy et Mounjaro remboursés en France sous conditions strictes, pas en Belgique pour l’obésité.

Qu’ont-ils découvert ?

Le « food noise », ou bruit alimentaire, désigne des pensées sur la nourriture qui reviennent sans cesse et que l’on vit comme pénibles ou non désirées. Des chercheurs de l’université Drexel (Philadelphie) et de l’université de Californie à Irvine, menés par Branislav Jovanovic et le psychologue Michael Lowe, ont interrogé 3 646 adultes américains représentatifs de la population, à l’automne 2025. Les personnes sous traitement GLP-1 (la famille d’Ozempic) étaient exclues.

L’outil : un questionnaire en cinq affirmations portant sur les deux dernières semaines. Selon le seuil retenu, seuls 4 % à 9,5 % des adultes entrent dans la case « bruit alimentaire ». Chez les personnes obèses, le chiffre monte à 6 % à 13,7 %. La grande majorité d’entre elles ne coche donc aucun des critères.

Les scores sont plus élevés chez les femmes, chez les moins de 60 ans et augmentent avec le poids. Ces résultats ont été mis en ligne le 9 octobre sur Research Square, une plateforme de prépublications : ils n’ont pas encore été relus par d’autres scientifiques. Le site spécialisé News-Medical les a repris lundi 27 octobre.

Est-ce que les experts y croient ?

Le sujet est jeune. En 2023, une équipe de l’université d’État de Pennsylvanie le définissait comme des « manifestations accrues et/ou persistantes de réactivité aux signaux alimentaires » (traduit par nos soins), soit une forte sensibilité à tout ce qui évoque la nourriture. Ces auteurs notaient alors que le lien avec le sémaglutide (la molécule d’Ozempic et Wegovy) reposait sur des témoignages, pas sur des études.

Depuis, les mesures divergent. Une autre enquête américaine sur 1 000 adultes, publiée en 2026 dans Obesity Science & Practice par Daisuke Hayashi et Travis Masterson, trouve environ 18 % de personnes qui y pensent « souvent ou toujours ». Tout dépend donc de la définition.

Côté traitements, une étude présentée en mai au Congrès européen sur l’obésité a suivi 417 adultes pendant un mois. Ses auteurs, menés par Hanim Diktas (centre Pennington, Louisiane), concluent : « Le bruit alimentaire a diminué pendant le traitement de perte de poids », et davantage chez ceux qui avaient démarré un GLP-1. À noter : ce travail était financé par WeightWatchers, qui a aussi financé la création du questionnaire utilisé, et deux auteurs étaient salariés de l’entreprise.

Pourquoi rester prudent ?

  • Pas encore validé : l’étude n’est qu’une prépublication, et il n’existe aucun seuil médical reconnu pour dire qu’une personne « a » du bruit alimentaire.
  • Une photo, pas un film : l’enquête observe un moment donné. Elle ne prouve pas que ces pensées causent l’obésité, ni l’inverse. Et l’indice de masse corporelle (poids rapporté à la taille) mesure mal la graisse.
  • Financement et liens : l’enquête a été financée par des fonds publics américains (Fondation nationale pour la science). Michael Lowe a conçu un autre questionnaire proche du sujet, ce que les auteurs signalent eux-mêmes.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Si vous vous reconnaissez dans ces pensées envahissantes, vous n’êtes pas seul, mais vous n’êtes pas non plus la « norme » des personnes en surpoids. Surtout, l’obésité ne se résume pas à « penser à manger ». La plupart des personnes obèses interrogées ne décrivent pas ce bruit. Génétique, sommeil, stress ou environnement comptent aussi. Un GLP-1 qui fait taire ce bruit n’explique donc qu’une partie de son effet, et ne répondra pas à toutes les situations.

En France, Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % depuis le 15 juin 2026 pour l’obésité, mais seulement pour les adultes avec un indice de masse corporelle d’au moins 40, ou d’au moins 35 avec une maladie associée, après l’échec d’un accompagnement nutritionnel. La première ordonnance doit venir d’un centre spécialisé de l’obésité ou d’un endocrinologue lié à l’un d’eux. En Belgique, le ministre de la Santé a refusé en juin le remboursement de Wegovy ; Mounjaro n’est remboursé que pour le diabète, et le reste à charge tourne autour de 150 à 250 euros par mois.

Les questions à poser à votre médecin : ces pensées sont-elles liées à la faim, au stress ou à une perte de contrôle ? Un suivi diététique ou psychologique a-t-il sa place ? Et que se passera-t-il si le traitement s’arrête ? Pour aller plus loin, consultez notre fiche sur Wegovy, nos conseils sur que manger sous GLP-1 et notre FAQ sur les GLP-1.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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