Votre médecin généraliste vous a prescrit Ozempic ou Wegovy ? Au Danemark, des milliers de soignants viennent d’apprendre qu’ils figureraient dans un fichier interne de Novo Nordisk, le fabricant de ces deux médicaments, avec une note sur leur « valeur commerciale ». L’information, révélée jeudi 22 octobre par le média danois Ingeniøren, repose sur des documents présentés comme issus d’un piratage, que Novo n’a pas authentifiés. Tout ce qui suit est donc à lire au conditionnel.
Ce qu’il faut retenir
- Un fichier attribué à Novo Nordisk listerait 46 843 soignants, dont environ 7 000 médecins et infirmiers danois classés en cinq catégories.
- Les données viendraient d’un piratage revendiqué par le groupe FulcrumSec ; Novo n’a pas authentifié les documents.
- Des spécialistes danois de la protection des données estiment que Novo enfreindrait la loi ; Novo affirme respecter les règles.
- En France, la base publique Transparence Santé permet de consulter les liens entre labos et soignants.
Que contiendrait ce fichier ?
Selon Ingeniøren, repris par la revue danoise Sundhedspolitisk Tidsskrift, le fichier compterait 46 843 soignants nommément cités. Parmi eux, environ 7 000 médecins et infirmiers danois seraient classés. Chacun recevrait une note de A à D et serait placé dans l’une de cinq catégories, allant de « Non-user » (non-utilisateur) à « Advocate » (ambassadeur), en passant par « Trialist » (qui a essayé) et « Regular User » (utilisateur régulier). D’après le média, ces catégories refléteraient probablement les habitudes de prescription d’Ozempic et de Wegovy.
Exemple cité : Maria Krüger, médecin généraliste et présidente de la Société danoise de médecine générale. Elle serait fichée comme utilisatrice régulière de Wegovy et d’Ozempic, avec une valeur commerciale « moyenne-haute », catégorie B. Sa réaction :
« En tant que médecin, il est désagréable d’être classée selon ma valeur commerciale pour Novo. » (traduit par nos soins)
D’où viennent ces données ?
D’un piratage. Des hackers ont partagé un échantillon avec Ingeniøren pour prouver qu’ils avaient eu accès aux systèmes de Novo Nordisk. Le site financier allemand Ad-hoc-news relie cette fuite au groupe FulcrumSec, qui affirmait en juin avoir eu accès aux systèmes du groupe pendant plusieurs mois et réclamait 25 millions de dollars. Novo a refusé de payer.
Novo ne confirme pas l’authenticité des documents et prévient qu’ils pourraient avoir été modifiés ou falsifiés. Le laboratoire assure seulement que « l’utilisation des données par Novo se fait dans le cadre des règles et des lignes directrices en vigueur au Danemark » (traduit par nos soins).
Est-ce légal ?
C’est là que le débat s’ouvre. Vendredi 23 octobre, Ingeniøren a publié une suite : des spécialistes danois du règlement général sur la protection des données (RGPD), la loi européenne qui encadre l’usage des informations personnelles, estiment que Novo enfreindrait les règles avec ce fichier tenu à l’insu des soignants. Novo et l’association danoise de l’industrie pharmaceutique soutiennent au contraire que le groupe respecte la loi danoise. Aucune autorité n’a tranché à ce stade.
Ce règlement s’applique aussi en France et en Belgique. Un soignant qui se pense concerné peut, en principe, demander à une entreprise quelles données elle détient sur lui.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Pour vos soins, rien : la fuite ne concerne pas les dossiers des patients, mais des fiches sur les soignants. Elle rappelle surtout que les laboratoires s’intéressent de près à ceux qui prescrivent. En France, vous pouvez déjà voir une partie de ces relations.
La base publique Transparence Santé (transparence.sante.gouv.fr), gérée par la Direction générale de la santé, publie les déclarations des entreprises de santé sur leurs liens avec les professionnels. On y trouve, selon la description officielle, « les conventions, les rémunérations et les avantages » accordés aux acteurs de santé. Ces déclarations sont obligatoires (articles L. 1453-1 et L. 1453-2 du code de la santé publique) et mises à jour deux fois par an. Concrètement :
- Rendez-vous sur le site et cherchez votre médecin par son nom.
- Regardez quelles entreprises apparaissent, et pour quel type de lien : contrat, invitation, rémunération.
- Un lien n’est pas une faute : un médecin peut être payé pour une formation ou une étude. C’est une information, pas un verdict.
Si un traitement vous interroge, posez la question directement à votre médecin ou à votre pharmacien : pourquoi ce médicament, quelles alternatives, quels effets indésirables. N’arrêtez jamais un traitement de vous-même.
Pourquoi rester prudent ?
- Les documents viennent d’un piratage et Novo ne les a pas authentifiés : ils pourraient être incomplets ou modifiés.
- Le sens exact des catégories est une interprétation du média, pas une explication de Novo.
- L’illégalité n’est qu’un avis d’experts : aucune autorité de protection des données ne s’est prononcée.
Pour en savoir plus sur les médicaments concernés, consultez nos fiches Ozempic et Wegovy, ou notre foire aux questions sur les traitements de la famille des GLP-1.
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Sources
- Ingeniøren – Lækkede data : Novo Nordisk har kortlagt danske læger i hemmeligt kartotek (22/10/2026)
- Ingeniøren – Eksperter : Novo bryder loven med hemmeligt kartotek over danske læger (23/10/2026)
- Sundhedspolitisk Tidsskrift – Medie : Novo rangerer læger og sygeplejersker efter kommerciel værdi (22/10/2026)
- Ad-hoc-news – Novo Nordisk faces twin tests (23/10/2026)
- data.gouv.fr – Jeu de données Transparence Santé (source officielle)
- Transparence Santé – base publique (ministère de la Santé)
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
