Ozempic, Mounjaro : les usagers boivent moins, les bars s’inquiètent, ce qu’il faut savoir

Un document interne de Heineken, révélé ce vendredi par Reuters, demande aux pubs britanniques de s'adapter aux usagers d'Ozempic ou de Mounjaro, qui boivent moins. Les études confirment une baisse de l'envie, mais ces médicaments ne sont pas autorisés contre l'alcoolisme.

Verre d'alcool

Une pinte, puis une deuxième, puis plus rien : de nombreux utilisateurs d’Ozempic, de Wegovy ou de Mounjaro racontent que l’envie de boire s’est envolée en même temps que l’appétit. Ce n’est plus une simple impression de comptoir. Le brasseur Heineken prend désormais le phénomène assez au sérieux pour demander aux pubs britanniques de s’adapter, selon un document interne révélé ce vendredi 23 octobre par l’agence Reuters.

Ce qu’il faut retenir

  • Heineken conseille aux pubs britanniques demi-pintes, sans alcool et petites assiettes face aux GLP-1.
  • Aux États-Unis, les foyers avec un usager de GLP-1 dépensent environ 7 % de moins en alcool après deux ans (−13,5 % sur la bière).
  • Un petit essai de 2025 (48 personnes) montre moins d’alcool bu et moins d’envie sous sémaglutide.
  • Ces médicaments ne sont pas autorisés pour traiter la dépendance à l’alcool.

Que dit le document de Heineken ?

Il s’agit d’une présentation envoyée en octobre aux clients du brasseur dans l’hôtellerie et la restauration au Royaume-Uni. Heineken, deuxième brasseur mondial derrière AB InBev, y explique que les médicaments de la famille des GLP-1 (des traitements qui imitent une hormone de la satiété) peuvent réduire l’envie de boire. Ils mettent sous pression les ventes de bière et de cidre, à cause de la « fullness and fewer serves », autrement dit la sensation d’être plein et des verres moins nombreux.

Le groupe conseille donc aux patrons de bars de mettre en avant les demi-pintes, les boissons sans alcool ou peu alcoolisées, et d’associer les verres à de petites assiettes à grignoter. L’enjeu est réel pour lui : Heineken possède plus de 2 000 pubs au Royaume-Uni.

Interrogé par Reuters, un porte-parole du groupe reconnaît : « We see some changes in consumption behaviour among (GLP-1) users » (« nous constatons certains changements dans les comportements de consommation des utilisateurs de GLP-1 », traduit par nos soins). Selon Heineken, ces patients n’abandonnent pas l’alcool, mais choisissent des formats plus petits et des produits plus haut de gamme.

Les buveurs de GLP-1 boivent-ils vraiment moins ?

Les chiffres de marché vont dans ce sens. Le cabinet d’études Circana a suivi des foyers américains de 2024 à 2026. Après deux ans, ceux qui comptent un utilisateur de GLP-1 dépensent environ 7 % de moins par mois en alcool que les autres, et environ 13,5 % de moins en bière. Sur les 11 utilisateurs interrogés par Reuters, 10 disent avoir réduit leur consommation.

Le marché du sans alcool reste pourtant minuscule. Au Royaume-Uni, la bière a rapporté près de 14 milliards de livres dans les pubs, bars et restaurants sur l’année close en février 2026, dont moins de 300 millions pour les bières sans alcool ou peu alcoolisées.

Tout le secteur n’est pas aussi inquiet. Le géant des spiritueux Diageo a assuré à ses investisseurs que l’effet devrait rester gérable. Carlsberg estime que les données actuelles ne montrent pas encore que ces médicaments pèsent clairement sur la consommation de bière.

Pourquoi ces médicaments coupent-ils l’envie de boire ?

Les GLP-1 agissent sur l’estomac, qui se vide plus lentement, mais aussi sur le cerveau, dans les circuits de la récompense. Résultat : l’alcool procure moins de plaisir et l’envie diminue. Le chercheur Joseph Schacht, professeur à l’université du Colorado Anschutz, évoque auprès de Reuters un possible « Prozac moment » pour le traitement de l’addiction à l’alcool, c’est-à-dire une révolution comparable à l’arrivée des antidépresseurs modernes.

La preuve la plus solide vient d’un essai publié en 2025 dans la revue JAMA Psychiatry par l’équipe de Christian Hendershot (université de Caroline du Nord). 48 adultes souffrant d’un trouble de l’usage de l’alcool ont reçu, au hasard, soit du sémaglutide (la molécule d’Ozempic et de Wegovy), soit un placebo, pendant neuf semaines. Les participants sous sémaglutide ont bu moins d’alcool lors d’une séance encadrée en laboratoire, consommé moins de verres les jours où ils buvaient et ressenti moins d’envie. Un sondage publié ce mois-ci dans la même revue va dans le même sens : 44 % des patients sous GLP-1 disent boire moins.

Pourquoi rester prudent ?

  • Ces médicaments ne sont pas autorisés pour traiter la dépendance à l’alcool, en France comme ailleurs.
  • L’essai le plus rigoureux ne portait que sur 48 personnes pendant neuf semaines : c’est un signal encourageant, pas une preuve définitive.
  • Les chiffres de Circana et les témoignages recueillis par Reuters montrent une association, pas une relation de cause à effet. Et le document de Heineken est d’abord un outil commercial.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Le document de Heineken ne concerne que le Royaume-Uni. Mais en France, l’apéro pourrait aussi évoluer à mesure que ces traitements se diffusent. Depuis le 15 juin 2026, Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % dans l’obésité sévère seulement : indice de masse corporelle (IMC) d’au moins 40, ou d’au moins 35 avec une maladie associée, après l’échec d’une prise en charge nutritionnelle. En Belgique, Mounjaro n’est pas remboursé contre l’obésité, seulement dans le diabète de type 2.

Vous êtes sous traitement et vous constatez que vous buvez moins ? C’est fréquent. Mais si vous espérez utiliser ces médicaments pour arrêter l’alcool, parlez-en d’abord à votre médecin : il existe des traitements et un accompagnement validés contre l’addiction. Et si vous continuez à boire, sachez que l’alcool peut aggraver certains effets indésirables, comme les nausées : votre pharmacien peut vous conseiller.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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