Mounjaro : au Royaume-Uni, les députés dénoncent un accès à deux vitesses, et en France ?

Des députés britanniques jugent « peu ambitieux » le déploiement public de Mounjaro, qui ne toucherait qu'environ 6 % des patients éligibles. Leur rapport, mis en ligne ce vendredi 23 octobre, dénonce un accès à deux vitesses selon les moyens.

Billets et pièces en euros

Imaginez : vous avez droit, sur le papier, à un traitement contre l’obésité, mais l’hôpital public ne peut en servir qu’une petite partie des malades. Les autres attendent… ou paient de leur poche. C’est le constat du comité Santé de la Chambre des communes britannique, l’équivalent d’une commission parlementaire. La presse britannique en a rendu compte dès ce jeudi 22 octobre, et le Parlement l’a mis en ligne ce vendredi 23 octobre. Les députés y jugent « peu ambitieux » le déploiement de Mounjaro par le NHS, le service public de santé britannique.

Ce qu’il faut retenir

  • Le NHS prévoit Mounjaro pour 220 000 personnes en trois ans, sur environ 2,8 millions d’éligibles.
  • Les députés dénoncent un système à deux vitesses : ceux qui paient vont dans le privé.
  • En France, Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % depuis le 15 juin 2026, seulement dans l’obésité sévère.
  • En Belgique, Mounjaro n’est pas remboursé contre l’obésité : 200 à 500 euros par mois.

Que reprochent les députés britanniques ?

Le NHS prévoit de donner accès à Mounjaro (tirzépatide, un médicament de la famille des GLP-1, qui imitent une hormone de la satiété) à 220 000 personnes atteintes d’obésité sévère avec plusieurs maladies associées, sur trois ans. Or, selon le rapport, environ 2,8 millions de patients y seraient éligibles. Soit environ 6 % d’entre eux. Le texte parle d’un « nombre lamentablement faible » de bénéficiaires.

Résultat : un système à deux vitesses. Ceux qui peuvent payer se tournent vers le privé, souvent des pharmacies en ligne. Un participant aux échanges organisés par le comité a raconté avoir du mal à payer 300 livres par mois pour son traitement.

« Un système à deux vitesses est apparu en raison de l’offre limitée du NHS, creusant involontairement les inégalités de santé », résume Layla Moran, la présidente du comité (traduit par nos soins).

Le rapport pointe aussi un manque plus large. Parmi les 1,8 million d’adultes repérés par leur médecin généraliste comme en surpoids ou obèses entre 2007 et 2020, seuls 3,13 % ont été orientés un jour vers un programme de perte de poids, soit environ 3 sur 100. La chirurgie de l’obésité, dite bariatrique, reste rare : environ 6 550 opérations en 2024-2025, contre plus de 60 000 par an en France, financées par l’État, soit environ neuf fois plus. L’obésité coûterait au moins 74,3 milliards de livres par an à l’économie britannique.

Que proposent-ils ?

  • Revoir d’urgence le rythme du déploiement de Mounjaro, en s’appuyant davantage sur les pharmacies et les services de santé en ligne encadrés.
  • Permettre à ces pharmacies d’accéder de façon sécurisée au dossier médical des patients, et d’y noter qu’un GLP-1 est prescrit.
  • Traiter l’obésité comme une maladie chronique qui rechute, suivie comme le diabète de type 2, et doubler le nombre d’opérations bariatriques, avec un objectif d’environ 13 000 par an.
  • Renforcer la lutte contre le marché noir des GLP-1, et vérifier que l’agence du médicament britannique, la MHRA, en a les moyens.

Sur ce dernier point, le rapport cite Andy Morling, responsable de la lutte contre la criminalité pharmaceutique à la MHRA. Beaucoup d’acheteurs ne distinguent pas un vendeur légal d’un site illégal : « Nous ne pourrons pas nous en sortir uniquement par des arrestations », a-t-il prévenu. Voir notre article sur 12 000 faux stylos saisis.

Et chez nous, qu’est-ce que ça change pour vous ?

En France, la situation a bougé cette année. Depuis le 15 juin 2026, Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % dans l’obésité, mais seulement pour les cas sévères : indice de masse corporelle (le poids rapporté à la taille) d’au moins 40, ou d’au moins 35 avec une maladie associée comme un diabète de type 2 ou une hypertension traitée. Il faut aussi avoir suivi sans succès un programme nutritionnel, et la première ordonnance doit venir d’un spécialiste de l’obésité. Pour tous les autres, le médicament reste à leur charge : la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a évoqué un prix d’environ 300 euros par mois. Détails dans notre dossier sur l’accès en France.

En Belgique, c’est plus fermé : le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, a refusé de rembourser Mounjaro contre l’obésité, comme il l’avait déjà fait pour Wegovy en juin. Mounjaro n’y est remboursé que dans le diabète de type 2, et un traitement contre l’obésité coûte de 200 à 500 euros par mois au patient. Nous l’expliquions dans notre article sur le refus belge.

Dans les deux pays, la règle est la même : ces médicaments sont autorisés et se prennent sur ordonnance, avec un suivi médical. Si vous pensez être concerné, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien, et n’achetez jamais un stylo sur un site non vérifié.

Pourquoi rester prudent ?

  • Ce rapport n’est pas une étude scientifique : c’est un avis politique, fondé sur des auditions et des contributions écrites. Le gouvernement britannique n’a pas encore répondu à ces recommandations.
  • Le prix de 300 livres par mois est le témoignage d’un participant, pas un tarif officiel.
  • Plusieurs voix citées défendent un intérêt : les fédérations de pharmacies, qui se disent prêtes à aider, ont tout à gagner à un rôle élargi.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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