Ozempic en ligne : des anorexiques servis en quelques clics, ce qu’il faut savoir

Une enquête de CNN publiée jeudi 15 octobre raconte comment des personnes anorexiques obtiennent Ozempic ou Mounjaro sur des sites de télémédecine. Une étude de Yale montre que plus de 9 sites sur 10 testés délivrent une ordonnance.

Smartphone

Remplir un questionnaire en ligne, mentir sur son poids et recevoir un stylo minceur par la poste. C’est ce qu’a vécu AJ Jasper, 40 ans, qui souffre d’anorexie depuis l’enfance. Son histoire est au cœur d’une enquête de la chaîne américaine CNN publiée ce jeudi 15 octobre. Elle pointe un phénomène qui inquiète les spécialistes des troubles alimentaires.

Ce qu’il faut retenir

  • Enquête CNN du 15 octobre : des patients anorexiques obtiennent des GLP-1 en ligne, parfois sans voir de médecin
  • Étude JAMA (Yale) : 45 sites sur 49 ont prescrit à un faux patient, un sur deux seulement interrogeait sur les troubles alimentaires
  • Plus d’1 personne anorexique sur 5 avait déjà pris un GLP-1 dans une étude sur 436 adultes
  • En France, l’ANSM rappelle : sur ordonnance, en pharmacie, jamais sur internet

Que révèle cette enquête ?

Ce Chicagoan a obtenu, à partir de 2024, des médicaments de la famille d’Ozempic et de Mounjaro, les GLP-1, auprès de plusieurs sites de télémédecine. Il s’agissait surtout de « préparations magistrales », des copies fabriquées par des pharmacies américaines. Selon CNN, il n’a jamais parlé à un médecin en vidéo. En janvier, il a été hospitalisé, gravement dénutri, avec des organes qui lâchaient.

Ces médicaments coupent l’appétit. C’est leur force contre l’obésité. Chez une personne anorexique, c’est un piège. « Avec le médicament, je ne me rendais jamais compte à quel point j’étais dénutri, parce que je ne pensais plus du tout à la nourriture », raconte-t-il à CNN (traduit par nos soins).

Il n’est pas un cas isolé, selon les soignants interrogés. Rebecca Boswell, qui dirige un centre spécialisé dans les troubles alimentaires à Princeton, aux États-Unis, explique que ces médicaments ont déjà été, en trois mois, « un facteur majeur d’interférence dans le traitement de plusieurs patients » (traduit par nos soins). Un psychologue de l’hôpital Mount Sinai, à New York, explique que ces médicaments reviennent dans presque toutes ses conversations avec ses patients anorexiques.

Est-ce vraiment si facile d’en obtenir en ligne ?

Aux États-Unis, oui, d’après une étude publiée en juillet dans la revue médicale JAMA. Des chercheurs de l’université Yale ont joué les « clients mystères » sur 49 sites vendant du sémaglutide (la molécule d’Ozempic et Wegovy) ou de la tirzépatide (celle de Mounjaro), avec un faux profil de patient.

  • 45 sites sur 49, soit plus de 9 sur 10, ont délivré une ordonnance.
  • Un peu plus d’un sur deux seulement a posé une question sur les troubles alimentaires.
  • Un site sur quatre environ exigeait une consultation vidéo.
  • L’ordonnance arrivait en un jour ou moins, et deux fois en cinq minutes ou moins.

CNN cite aussi une étude publiée en juin par l’université de Louisville et l’institut RTI International. Sur 436 adultes souffrant de troubles alimentaires, un peu plus d’1 personne anorexique sur 5 avait déjà pris un GLP-1. L’anorexie touche environ 3,9 millions de personnes dans le monde, selon des estimations de 2023.

Que répondent les entreprises et les autorités ?

Plusieurs grandes plateformes assurent à CNN qu’elles interrogent les patients sur leurs troubles alimentaires et les orientent vers un médecin en cabinet si besoin. Novo Nordisk, qui fabrique Ozempic, rappelle que ses produits ne sont pas autorisés pour traiter les troubles alimentaires. Lilly, qui fabrique Mounjaro, souligne que les plateformes agissent de façon indépendante.

L’Association américaine de télémédecine tempère. Pour son responsable, Kyle Zebley, « un questionnaire que l’on peut remplir avec de fausses informations est une défaillance de la gouvernance clinique, pas un problème propre à la télésanté » (traduit par nos soins). Selon CNN, les autorités commencent à réagir : contre les copies et les publicités trompeuses aux États-Unis, contre les prescriptions trop faciles en Australie, au Royaume-Uni et en Inde.

Pourquoi rester prudent ?

  • Un témoignage n’est pas une statistique : l’enquête de CNN repose sur des récits de patients et de soignants, surtout aux États-Unis.
  • Une étude limitée : l’étude de Yale porte sur 49 sites américains testés fin 2025, avec un faux patient. Elle ne mesure pas les dégâts réels.
  • Association n’est pas preuve : l’étude sur 436 adultes montre que des personnes anorexiques utilisent ces produits. Elle ne dit pas que ces médicaments causent l’anorexie.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

En France, Wegovy et Mounjaro ne sont délivrés que sur ordonnance, et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle qu’ils « ne doivent pas être utilisés pour la perte de poids à des fins esthétiques ». Ils doivent « toujours être obtenus avec une ordonnance, en pharmacie, jamais sur internet », insiste-t-elle. En Belgique aussi, ils sont uniquement sur prescription. Pourtant, l’ANSM a relevé des usages détournés chez des personnes plutôt jeunes, avec des produits obtenus hors pharmacie dans 2 cas sur 3.

Si un proche perd du poids alors qu’il est déjà mince, parle sans cesse de calories ou cache des stylos, parlez-en avec lui, puis avec son médecin. Si vous envisagez vous-même un traitement, voici quelques questions à poser à votre médecin : mon poids justifie-t-il ce médicament ? Comment serai-je suivi ? Que faire si je n’arrive plus à manger ? Notre FAQ sur les GLP-1 répond aussi aux questions les plus fréquentes.

👥 Vous êtes sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro ?

Rejoignez notre groupe Facebook d’entraide France & Belgique : questions, expériences, actus vérifiées, sans pub pour des médicaments.

Rejoindre le groupe

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut