Google mise 2,3 millions sur l’IA pour inventer des peptides : ce qu’il faut savoir

Google finance à hauteur de 2,3 millions de dollars une IA ouverte pour trouver de futurs médicaments peptides, annoncée ce mercredi. La veille, Zealand Pharma signait jusqu'à 1,2 milliard avec Generate pour des protéines conçues par IA, sans aucun médicament à la clé pour l'instant.

Médicaments en comprimés et gélules

Ozempic, Wegovy, l’insuline que s’injectent des millions de diabétiques : tous sont des peptides, c’est-à-dire de petites chaînes d’acides aminés, les briques des protéines. Et si l’intelligence artificielle aidait à inventer les prochains ? Deux annonces, tombées ce mardi 13 et ce mercredi 14 octobre, misent justement là-dessus.

Ce qu’il faut retenir

  • Google.org verse 2,3 millions de dollars au projet OpenPep de l’Université de Toronto (annonce du 14 octobre).
  • Objectif : une base ouverte et une IA qui prédit quels peptides se fixent sur jusqu’à 500 protéines liées à des maladies.
  • Zealand Pharma paie 30 millions d’emblée à Generate:Biomedicines, jusqu’à près de 1,2 milliard en cas de succès (13 octobre).
  • Rien n’est testé chez l’humain : il faudra des années avant un éventuel médicament.

Qu’ont-ils annoncé ?

Premier projet : OpenPep, financé par Google. Google.org, la branche philanthropique de Google, verse 2,3 millions de dollars à une équipe de l’Université de Toronto (Canada). L’annonce date de mercredi. Le projet est piloté par Joseph Brown, professeur adjoint à la faculté de pharmacie Leslie Dan.

Le but : construire une grande base de données ouverte, puis une IA capable de prédire quels peptides vont « s’accrocher » à une protéine donnée. C’est la première étape pour qu’une molécule agisse sur une maladie.

Concrètement, l’équipe veut produire jusqu’à 500 protéines liées à des maladies. Elle testera ensuite de grandes collections de peptides contre elles, pour mesurer lesquels se fixent, et avec quelle force. Les domaines visés : cancers, maladies du cerveau qui dégénèrent (comme Alzheimer), maladies rares de l’enfant, maladies du cœur. Parmi les partenaires figure Chris Ing, cofondateur de la start-up canadienne ProteinQure.

« Les peptides ont le vent en poupe », résume Joseph Brown, qui rappelle que 8 % des médicaments nouvellement autorisés sont des peptides. Son problème : il existe encore peu de données pour entraîner une IA. D’où ce projet.

Second projet : Zealand Pharma s’allie à Generate:Biomedicines. Le laboratoire danois Zealand Pharma est connu pour le pétrelintide, un candidat contre l’obésité qu’il développe avec le suisse Roche. Mardi, il a signé avec l’américaine Generate:Biomedicines, spécialiste des molécules conçues par IA générative.

Les chiffres : 30 millions de dollars versés tout de suite, jusqu’à 35 millions de plus pour les premières étapes de laboratoire, et près de 1,2 milliard en tout si tout réussit, plus des redevances sur les ventes. Cible : l’obésité et d’autres maladies métaboliques.

Pourquoi l’IA s’intéresse-t-elle aux peptides ?

Un peptide agit comme une clé qui doit entrer dans une serrure précise, la protéine cible. Le problème, c’est le nombre de clés possibles : des milliards de combinaisons. Les tester toutes en laboratoire est impossible.

L’idée est donc de faire trier les candidats par l’ordinateur, pour ne tester que les plus prometteurs. Joseph Brown le dit sans détour :

« L’IA ne remplacera pas les expériences, mais elle nous aidera à mieux les choisir, en repérant les peptides qui méritent le plus d’être testés. »

(Citation traduite par nos soins.) Point notable : la base OpenPep sera ouverte. D’autres chercheurs, hôpitaux ou laboratoires pourront s’en servir et proposer des protéines à étudier.

Nuance importante pour Zealand : cet accord vise des protéines, et non des peptides au sens strict. Une protéine est une chaîne d’acides aminés beaucoup plus longue. Zealand, jusqu’ici surtout spécialiste des peptides, veut des molécules capables d’agir sur plusieurs cibles à la fois. Son directeur scientifique, Utpal Singh, explique que l’accord « élargit notre boîte à outils aux protéines, en complément de nos savoir-faire existants en petites molécules et en peptides ».

Pourquoi rester prudent ?

  • Rien n’a été testé chez l’humain. Les deux projets en sont au tout début : laboratoire et ordinateur. Aucun médicament n’existe.
  • C’est long. Entre une molécule repérée et un médicament en pharmacie, il faut en général des années d’essais, et la plupart des candidats échouent en route.
  • Ce sont des annonces de financement. Elles viennent de l’université, de Google et des entreprises elles-mêmes. Les 1,2 milliard de Zealand ne seront versés que si les étapes réussissent.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Pour l’instant, rien dans votre armoire à pharmacie. Ces projets dessinent peut-être les médicaments de la prochaine décennie, pas ceux de l’an prochain.

Surtout, ne confondez pas avec les « peptides de recherche » vendus sur Internet. Ces annonces n’ont strictement rien à voir avec ces flacons, qui ne sont pas des médicaments autorisés et dont ni la composition ni la sécurité ne sont garanties. L’IA ne rend pas un peptide plus sûr : seuls les essais cliniques le peuvent.

En France et en Belgique, aucun traitement issu de ces deux projets n’est disponible ni même en essai. Les peptides autorisés aujourd’hui, comme l’insuline ou les médicaments de la famille d’Ozempic, se prennent sur ordonnance. Pour comprendre d’où ils viennent, lisez notre dossier De l’insuline aux GLP-1 : un siècle de médicaments peptidiques, notre guide des peptides et notre page sur les traitements GLP-1. Une question sur votre traitement ? Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

👥 Vous êtes sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro ?

Rejoignez notre groupe Facebook d’entraide France & Belgique : questions, expériences, actus vérifiées, sans pub pour des médicaments.

Rejoindre le groupe

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut