Imaginez : votre stylo de Mounjaro arrive avec une mention d’alerte sur la boîte, comme certains médicaments de l’érection. C’est ce que prévoit l’agence du médicament sud-coréenne. Et ce dimanche 11 octobre, un haut responsable du gouvernement a publiquement critiqué ce projet. Nous vous avions déjà parlé de la ruée sur ces traitements en téléconsultation en Corée : voici la suite.
Ce qu’il faut retenir
- L’agence coréenne veut une mise en garde sur les boîtes et une ordonnance obligatoire partout.
- Les livraisons mensuelles de ces traitements ont été multipliées par plus de 19 en deux ans.
- 93 % des demandes en téléconsultation portaient sur un médicament et une dose choisis par le patient.
- En France, l’agence du médicament pointe aussi le mésusage, avec 17 cas graves.
Que prévoit la Corée du Sud ?
Le ministère coréen de la Sécurité des aliments et des médicaments veut classer les médicaments de la famille des GLP-1 (des traitements qui imitent une hormone de la satiété) parmi les « médicaments à risque de mésusage et d’abus ». Sont visés trois principes actifs : le liraglutide, le sémaglutide (Wegovy) et le tirzépatide (Mounjaro).
Le projet avance depuis le printemps. Le 8 avril 2026, un comité consultatif a donné son accord à l’unanimité des membres présents. Un pré-avis officiel a suivi en juin. Le texte est aujourd’hui examiné par le comité de rationalisation de la réglementation. Aucune date d’entrée en vigueur n’est fixée.
Concrètement, selon le quotidien Kyunghyang :
- une mise en garde contre le mésusage devra figurer sur la boîte ;
- même dans les zones rurales où un pharmacien peut délivrer certains médicaments sans médecin à proximité, il faudra une ordonnance ;
- pour le patient, la prescription habituelle changerait peu : l’effet principal serait un avertissement.
Pourquoi les autorités veulent serrer la vis ?
Les chiffres ont explosé. Selon le service coréen d’information sur les produits pharmaceutiques, les livraisons mensuelles de Wegovy, Mounjaro et Saxenda sont passées d’environ 160 000 unités en octobre 2024 à 3 119 941 en juillet 2026. C’est plus de 19 fois plus.
Autre signal : sur une grande plateforme de téléconsultation, 93 % des demandes portaient sur un médicament et une dose choisis par le patient lui-même avant de voir le médecin. Pour Mounjaro, c’est 97,3 %, soit presque tout le monde. Les autorités citent aussi l’usage esthétique par des personnes de poids normal, la vente illégale en ligne et les achats à l’étranger, notamment au Japon (nous en parlions ici).
Qui s’y oppose, et pourquoi ?
Park Yong-jin, vice-président du comité de rationalisation de la réglementation, a contesté le projet sur Facebook, selon le site d’information JKN. Il refuse que l’on traite ces médicaments contre l’obésité comme le Viagra ou les stéroïdes :
« Pourquoi le Viagra et le Mounjaro devraient-ils être soumis à la même réglementation ? »
Il ajoute : « Est-ce la meilleure politique de qualifier d’abord des médicaments de « mésusage et abus » simplement en raison de préoccupations potentielles ? » (propos traduits de l’anglais par nos soins). Selon lui, la peur, la stigmatisation, les prix élevés et le manque d’accès poussent déjà des patients à partager des doses ou à acheter à l’étranger. Plus de règles ne suffiront pas.
Les fabricants s’y opposent aussi, mais ils ont un intérêt commercial direct. Eli Lilly (Mounjaro) rappelle qu’aucune grande agence étrangère n’a pris une telle mesure. Novo Nordisk (Wegovy) craint plus de stigmatisation. Un regard indépendant, le professeur Kim Dae-jung (université Ajou), juge problématique l’usage par des personnes non obèses, mais craint que les vrais patients finissent par voir ces traitements comme dangereux.
Pourquoi rester prudent ?
- Le classement n’est pas adopté : le texte peut encore changer.
- Le chiffre de 93 % vient d’une seule plateforme de téléconsultation, publié par le bureau d’une députée, pas d’une étude.
- Une explosion des ventes ne prouve pas à elle seule un abus : une partie des patients en ont réellement besoin.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
En France, rien ne change pour l’instant. Mais le mésusage existe aussi. Dans son troisième rapport de pharmacovigilance (la surveillance des effets indésirables), publié le 7 octobre, l’Agence nationale de sécurité du médicament relève 36 signalements de mésusage pour maigrir, dont 17 graves. Dans 2 cas sur 3, le produit venait d’internet, de l’entourage ou de l’étranger. Dans plus de 9 cas sur 10, les doses étaient trop fortes ou augmentées trop vite. L’agence rappelle que ces médicaments doivent « toujours être obtenus avec une ordonnance, en pharmacie, jamais sur internet ». Elle juge toutefois leur rapport bénéfice/risque favorable s’ils sont bien utilisés.
Côté prix, Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % dans l’obésité depuis le 15 juin 2026, sous conditions strictes : indice de masse corporelle d’au moins 40, ou 35 avec une maladie associée, après échec d’un suivi nutritionnel. La première ordonnance remboursée doit venir d’un médecin spécialisé. En Belgique, le ministre de la Santé a refusé en juin le remboursement de Wegovy dans l’obésité.
Vous envisagez un de ces traitements ? Parlez-en à votre médecin : est-il adapté à votre situation, êtes-vous éligible au remboursement, quel suivi prévoir ? Et n’achetez jamais ces produits en dehors d’une pharmacie.
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Sources
- JKN — Park Yong-jin critique le classement des GLP-1 (11 oct. 2026)
- JKN — version française (11 oct. 2026)
- Kyunghyang Shinmun — projet du MFDS, chiffres KPIS et téléconsultation (9 oct. 2026)
- Korea Biomedical Review — avis du comité consultatif, réactions de Novo Nordisk et Lilly (15 avr. 2026)
- Korea Biomedical Review — contenu du classement et achats à l’étranger
- ANSM — 3e rapport de pharmacovigilance sur les aGLP-1 (7 oct. 2026)
- Vidal — Wegovy et Mounjaro remboursables à partir du 15 juin 2026
- VRT — la Belgique refuse le remboursement de Wegovy (4 juin 2026)
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
