Sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro, l’appétit fond. C’est le but du traitement. Revers de la médaille : en mangeant moins, on avale aussi moins de protéines, et le corps puise plus facilement dans ses muscles. Un aliment banal revient alors souvent dans les conseils des nutritionnistes : l’œuf. Voici ce que dit vraiment la science, sans miracle ni diabolisation.
Ce qu’il faut retenir
- Dans l’essai STEP 1 (sémaglutide), 5,3 kg sur 13,6 kg perdus étaient de la masse maigre, soit environ 4 kilos sur 10.
- L’avis conjoint de quatre sociétés savantes (mai 2025) évoque 1,2 à 1,6 g de protéines par kilo et par jour pendant la perte de poids, avec du renforcement musculaire.
- Un œuf moyen apporte environ 6 g de protéines complètes et environ 150 mg de choline pour un peu plus de 70 kcal (USDA).
- Selon l’American Heart Association, une personne en bonne santé peut manger jusqu’à un œuf par jour ; réserves en cas de cholestérol élevé ou de diabète.
- En cas de nausées : petites portions, cuissons douces et peu grasses.
Pourquoi les protéines deviennent-elles un enjeu sous GLP-1 ?
Les médicaments de la famille des GLP-1 (sémaglutide pour Ozempic et Wegovy, tirzépatide pour Mounjaro) font maigrir surtout parce qu’ils coupent la faim. Mais on ne perd pas que de la graisse.
Dans le grand essai STEP 1 sur le sémaglutide, cité par un avis commun de quatre sociétés savantes américaines publié le 30 mai 2025, les participants ont perdu en moyenne 13,6 kg. Sur ce total, 8,3 kg étaient de la graisse et 5,3 kg de la masse maigre, c’est-à-dire surtout les muscles, mais aussi l’eau et les organes. Soit environ 4 kilos perdus sur 10. Lire aussi notre article sur la fonte musculaire sous Wegovy.
Cet avis (American College of Lifestyle Medicine, American Society for Nutrition, Obesity Medicine Association et The Obesity Society) rappelle que le repère général est de 0,8 g de protéines par kilo et par jour, mais qu’un apport de 1,2 à 1,6 g par kilo « a été proposé » pendant la perte de poids, soit 80 à 120 g par jour pour beaucoup d’adultes. En Europe, l’EFSA (l’Autorité européenne de sécurité des aliments) retient 0,83 g par kilo et par jour pour l’adulte ; en France, l’ANSES (l’agence sanitaire) retient 1 g par kilo après 65 ans.
Point essentiel : selon les auteurs, plus de protéines ne suffit probablement pas à protéger les muscles sans renforcement musculaire.
« Les GLP-1 représentent une avancée importante dans la prise en charge de l’obésité. Mais ces médicaments peuvent poser des difficultés, notamment des effets secondaires digestifs, un risque de carences en micronutriments, une perte musculaire et osseuse […]. La nutrition et l’accompagnement du mode de vie sont des composantes essentielles pour y répondre », explique le Dr Dariush Mozaffarian, cardiologue à l’université Tufts et auteur principal de l’avis, dans le communiqué publié le 30 mai 2025 (traduit par nos soins).
Que vous apporte un œuf, concrètement ?
Un œuf moyen pèse environ 50 g sans sa coquille. Selon la base de données nutritionnelle du ministère américain de l’Agriculture (USDA), il apporte :
- Environ 6 g de protéines pour à peine plus de 70 kilocalories. La table française Ciqual de l’ANSES donne un ordre de grandeur proche (environ 12 g pour 100 g).
- Des protéines « complètes » : elles contiennent tous les acides aminés indispensables, dont la leucine (environ 0,5 g par œuf), un acide aminé qui joue un rôle de signal pour la fabrication du muscle.
- Beaucoup de choline (environ 150 mg par œuf), un nutriment utile au foie. L’EFSA fixe l’apport satisfaisant à 400 mg par jour chez l’adulte : un œuf en couvre donc plus d’un tiers.
- De la vitamine B12, du sélénium, un peu de vitamine D et des pigments du jaune, la lutéine et la zéaxanthine, présents dans l’œil.
Or l’avis de 2025 classe la vitamine B12 et la vitamine D parmi les nutriments à surveiller sous GLP-1. L’œuf ne remplace pas un complément prescrit, mais il contribue. Voir aussi notre guide des compléments sous Ozempic.
Autre atout : le petit volume. L’avis de 2025 cite les œufs, le poisson, le yaourt grec, le fromage blanc et les oléagineux parmi les sources de protéines « de plus petit volume ». Côté repères officiels, Santé publique France considère qu’une portion d’environ 100 g de viande ou de poisson équivaut à 2 œufs.
Le jaune n’est pas à jeter : une petite étude de 2017, menée sur 10 jeunes hommes sportifs, a observé une fabrication de muscle plus forte après des œufs entiers qu’après des blancs seuls, à protéines égales. Un résultat à confirmer, chez un public très différent des patients sous GLP-1.
Et le cholestérol, faut-il s’en inquiéter ?
Un œuf contient environ 185 mg de cholestérol, logé dans le jaune. Longtemps, on a conseillé de les limiter. Les données récentes nuancent ce message.
En 2019, l’American Heart Association (AHA) a estimé que les personnes en bonne santé peuvent inclure jusqu’à un œuf entier par jour dans une alimentation équilibrée, avec des réserves pour les personnes qui ont trop de cholestérol, un diabète ou un risque d’insuffisance cardiaque.
En mars 2020, une grande étude publiée dans le BMJ, portant sur plus de 260 000 Américains suivis jusqu’à 32 ans, n’a pas trouvé de lien entre la consommation d’un œuf par jour et le risque de maladie cardiovasculaire. Les personnes diabétiques étaient toutefois exclues de l’analyse principale.
« Notre étude apporte des preuves solides de l’absence d’association notable entre une consommation modérée d’œufs et les maladies cardiovasculaires », résume Jean-Philippe Drouin-Chartier, premier auteur, dans le communiqué de l’école de santé publique de Harvard (traduit par nos soins).
Et pour les diabétiques de type 2, nombreux parmi les utilisateurs d’Ozempic et de Mounjaro ? L’essai australien DIABEGG, publié en 2018 dans l’American Journal of Clinical Nutrition, a comparé chez 128 personnes prédiabétiques ou diabétiques un régime riche en œufs (au moins 12 par semaine) à un régime pauvre en œufs (moins de 2 par semaine). Après un an, aucune différence sur la glycémie, les graisses du sang ni l’inflammation. Rassurant, mais l’étude est petite et le régime était encadré : pour ce public, c’est au médecin de juger selon le bilan sanguin.
Comment manger des œufs quand on a des nausées ?
Les nausées sont l’effet secondaire digestif le plus fréquent des GLP-1, rappelle l’avis de 2025. L’avis conseille de prendre de petits repas plus fréquents, toutes les 3 à 4 heures, et d’éviter les aliments gras ou très riches en fibres dans les premiers jours du traitement.
Pour l’œuf, cela veut dire privilégier les cuissons douces et peu grasses : œuf dur, poché, à la coque, brouillé à feu doux avec très peu de matière grasse, omelette dans une poêle antiadhésive. Évitez les œufs frits ou servis avec de la charcuterie quand l’estomac est sensible, ou en cas de reflux.
Attention : Santé publique France rappelle que les personnes fragiles (jeunes enfants, femmes enceintes, personnes âgées) ne doivent pas consommer d’œufs crus ou peu cuits, en raison du risque de salmonelle. Pour elles, pas d’œuf mollet ni à la coque.
Concrètement : quelles idées de repas et de collations ?
- Au petit déjeuner : un ou deux œufs brouillés à feu doux, avec une tranche de pain complet.
- En collation : un œuf dur préparé à l’avance, gardé au réfrigérateur.
- Au déjeuner : une petite omelette aux légumes cuits (courgette, épinards).
- Au dîner : des œufs cocotte ou des œufs pochés sur un fond de légumes.
- En petites portions : des muffins salés aux œufs et légumes, préparés en lot et congelés.
- Pour varier : alternez avec poisson, yaourt, fromage blanc ou légumineuses. Notre guide d’achat des protéines fait le point sur les poudres.
À demander à votre médecin ou diététicien
- Combien de protéines dois-je viser par jour, compte tenu de mon poids, de mon âge et de mes reins ?
- Mon bilan de cholestérol permet-il de manger des œufs régulièrement ?
- Faut-il contrôler ma vitamine B12 ou ma vitamine D ?
- Quels exercices de renforcement musculaire sont adaptés à ma situation ?
Pourquoi rester prudent ?
- Aucune étude n’a testé les œufs chez des patients sous GLP-1. Les arguments en leur faveur sont indirects : besoin de protéines, profil nutritionnel, tolérance digestive.
- Les grandes études sur le cholestérol sont observationnelles : elles montrent une absence de lien, pas une preuve de sécurité absolue.
- L’œuf ne protège pas seul les muscles. Sans activité physique, et notamment sans renforcement musculaire, la perte de masse maigre reste possible.
Qui doit demander l’avis d’un professionnel avant ?
- Les personnes allergiques à l’œuf, l’un des 14 allergènes à déclaration obligatoire en Europe.
- Les personnes atteintes d’hypercholestérolémie familiale, une forme génétique de cholestérol très élevé, ou ayant déjà eu un accident cardiovasculaire.
- Les personnes ayant une maladie rénale : la quantité de protéines doit être ajustée par le médecin.
- Les personnes diabétiques, pour adapter les repères à leur bilan.
Ce qu’il faut retenir
- Sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro, on mange moins : le risque est de manquer de protéines et de perdre du muscle.
- Un œuf apporte environ 6 g de protéines complètes, de la choline et de la vitamine B12, sous un petit volume.
- Chez une personne en bonne santé, jusqu’à un œuf par jour n’est pas associé à un risque cardiovasculaire plus élevé ; les diabétiques et les personnes ayant trop de cholestérol doivent en parler à leur médecin.
- En cas de nausées, préférez les cuissons douces et peu grasses, en petites portions.
- L’œuf n’est qu’une pièce du puzzle : variété, activité physique et suivi médical restent indispensables. Voir notre FAQ GLP-1 et notre rubrique GLP-1.
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Sources
- Mozaffarian D. et al., Nutritional priorities to support GLP-1 therapy for obesity: a joint advisory from ACLM, ASN, OMA and TOS, Obesity, 30 mai 2025, doi:10.1002/oby.24336
- Communiqué conjoint ACLM/ASN/OMA/TOS, Nutritional priorities to support GLP-1 therapy for obesity (citation du Dr Mozaffarian), 30 mai 2025
- Carson J.A.S. et al., Dietary cholesterol and cardiovascular risk: a science advisory from the American Heart Association, Circulation, décembre 2019, doi:10.1161/CIR.0000000000000743
- Drouin-Chartier J.-P. et al., Egg consumption and risk of cardiovascular disease, BMJ, 4 mars 2020, doi:10.1136/bmj.m513
- Harvard T.H. Chan School of Public Health, Moderate egg consumption not associated with higher cardiovascular disease risk (citation de J.-P. Drouin-Chartier), mars 2020
- Fuller N.R. et al., Effect of a high-egg diet on cardiometabolic risk factors in people with type 2 diabetes: the DIABEGG Study, randomized weight-loss and follow-up phase, American Journal of Clinical Nutrition, 2018, doi:10.1093/ajcn/nqy048
- van Vliet S. et al., Consumption of whole eggs promotes greater stimulation of postexercise muscle protein synthesis than consumption of isonitrogenous amounts of egg whites in young men, American Journal of Clinical Nutrition, 2017, doi:10.3945/ajcn.117.159855
- USDA FoodData Central, Egg, whole, raw, fresh (SR Legacy, FDC 171287) : protéines, leucine, choline, B12, vitamine D, sélénium, cholestérol, lutéine
- ANSES, table Ciqual (version 2013) : œuf cru, valeurs reprises par informationsnutritionnelles.fr
- EFSA, EFSA sets population reference intakes for protein, 9 février 2012
- EFSA, Dietary reference values: EFSA publishes advice on choline, août 2016
- ANSES, Avis 2017-SA-0143 sur les repères alimentaires (femmes ménopausées, personnes de plus de 65 ans), 2019
- Santé publique France / sante.fr, Limiter la viande pour préserver sa santé (100 g de viande ou de poisson ou 2 œufs), mis à jour 2024
- Santé publique France, Salmonellose : la maladie
- Règlement (UE) n° 1169/2011 (INCO), annexe II : substances provoquant des allergies, dont les œufs
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
