Chips, céréales du petit-déjeuner, plats préparés, sodas : si ces produits occupent une bonne place dans votre assiette, une étude canadienne publiée ce jeudi va vous interpeller. Chez près de 8 800 adultes de 35 à 69 ans en bonne santé, les plus gros consommateurs d’aliments ultra-transformés avaient 40 % de probabilité en plus de présenter à l’IRM des traces d’« AVC silencieux ». Un signal sérieux, mais pas une preuve.
Ce qu’il faut retenir
- 8 783 Canadiens de 35 à 69 ans sans maladie cardiaque, une seule IRM chacun
- Plus gros consommateurs : 11,3 % de lésions silencieuses contre 8,1 %, soit 40 % de probabilité en plus
- Aucun lien avec les tests de mémoire et de réflexion
- Étude transversale : association, pas preuve de cause à effet
Qu’est-ce qu’un « AVC silencieux » ?
Un accident vasculaire cérébral (AVC) classique se voit : bouche qui tombe, bras paralysé. Un AVC « silencieux », lui, ne donne aucun symptôme. On le découvre par hasard, sur une imagerie par résonance magnétique (IRM) du cerveau.
Les chercheurs ont regroupé deux types de lésions :
- de petits infarctus cachés : une minuscule zone du cerveau abîmée faute de sang ;
- de nombreuses « hyperintensités de la substance blanche » : des taches claires à l’IRM qui signalent une souffrance des tout petits vaisseaux du cerveau.
Elles sont associées à un risque plus élevé d’AVC et de démence plus tard.
Qu’ont-ils découvert ?
L’étude, dirigée par Russell de Souza et Sonia Anand à l’Institut de recherche en santé des populations (PHRI, Université McMaster, Hamilton), est parue le 15 octobre dans JAMA Network Open. Elle porte sur 8 783 Canadiens sans maladie cardiaque, âgés de 57,7 ans en moyenne, dont 56,6 % de femmes. Chacun a décrit son alimentation par questionnaire, puis passé une IRM.
Les aliments ont été classés selon la classification NOVA, qui range les produits en quatre groupes selon leur degré de transformation. Les ultra-transformés représentaient en moyenne environ un quart des portions quotidiennes : 45 % chez les plus gros consommateurs, contre 16 % chez les plus petits.
Résultat : des lésions silencieuses chez 11,3 % des plus gros consommateurs, contre 8,1 % chez les plus petits. Après prise en compte de l’âge et d’autres facteurs, cela fait 40 % de probabilité en plus. Selon le communiqué de McMaster, le lien semble plus fort chez les femmes, avec une probabilité presque doublée. Les gros consommateurs avaient aussi plus de graisse corporelle (1,7 point de plus) et plus de graisse autour des organes.
« D’habitude, ce type de lésion est associé à des maladies dont on entend parler et que l’on traite à un âge beaucoup plus avancé », souligne Russell de Souza, premier auteur, dans le communiqué de l’université (traduit par nos soins).
En revanche, l’étude ne trouve aucun lien avec les performances aux tests de mémoire et de réflexion. Ce travail fait écho à une autre piste que nous avions détaillée : les ultra-transformés pourraient dérégler la réponse du cerveau à l’insuline.
Pourquoi rester prudent ?
- Association, pas preuve : c’est une étude « transversale », une photo prise à un seul moment. On ne sait pas si l’alimentation a précédé les lésions. Les auteurs écrivent eux-mêmes que des études de suivi sont nécessaires.
- Un résultat fragile : selon la façon de définir les ultra-transformés, le lien avec le cerveau change, préviennent les chercheurs.
- Un financement mixte : surtout des organismes publics canadiens et des fondations, mais aussi des subventions sans condition de laboratoires pharmaceutiques et de l’industrie laitière (Dairy Farmers of Canada, National Dairy Council américain).
Le sujet reste débattu. Publiée le même jour dans PLOS Medicine, une vaste étude américaine portant sur 461 682 adultes suivis près de 19 ans ne trouve pas de lien entre les ultra-transformés pris globalement et le cancer colorectal. Les viandes reconstituées y sont liées à plus de risque, le pain et les yaourts à moins.
« Un résultat nul pour l’ensemble des ultra-transformés n’est donc pas la preuve qu’ils sont sans danger », tempère Rosiered Brownson-Smith, chercheuse en nutrition au King’s College de Londres, indépendante de ces travaux, auprès du Science Media Centre britannique (traduit par nos soins).
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
En France, environ 30 % des calories quotidiennes proviennent d’aliments ultra-transformés, selon les chercheurs de l’étude NutriNet-Santé. Par précaution, Santé publique France conseille depuis 2019 de limiter ces produits et de privilégier les aliments bruts ou peu transformés. Attention : le Nutri-Score, ce logo coloré de A à E, juge la composition nutritionnelle (sucre, sel, graisses, fibres), pas le degré de transformation. Un produit noté A ou B peut donc être ultra-transformé. L’application Open Food Facts affiche le groupe NOVA. Les mêmes repères valent en Belgique.
Une longue liste d’ingrédients avec additifs ou émulsifiants est un bon indice. Si vous avez de l’hypertension, du diabète ou des antécédents d’AVC dans la famille, parlez-en à votre médecin : c’est lui qui pourra évaluer votre risque vasculaire.
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Sources
- de Souza RJ, Anand SS et al., Ultraprocessed Food Intake and Adiposity, Vascular Brain Injury, and Cognition in Middle-Aged Adults, JAMA Network Open, 15 octobre 2026 (DOI 10.1001/jamanetworkopen.2026.39118)
- McMaster University / PHRI, Ultra-Processed Food Intake Linked to Silent Strokes in Healthy Middle-Aged Adults, Study Finds, Newswise, 15 octobre 2026
- Scimex, fiche de l’étude JAMA Network Open (financement), 15-16 octobre 2026
- Abar L. et al., Associations of food processing and dietary risk factors with colorectal cancer incidence in the NIH-AARP Diet and Health Study, PLOS Medicine, 15 octobre 2026
- Science Media Centre, Expert reaction to US study looking at total ultra-processed food intake and colorectal cancer incidence, 15 octobre 2026
- Srour B., Chazelas E., Touvier M., Aliments ultra-transformés : de la recherche aux recommandations, La Revue du Praticien, décembre 2021
- Santé.fr / Inserm, Consommation d’aliments ultra-transformés et risque de maladies cardiovasculaires, 2019
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