Vous ou un proche êtes diabétique de type 2 et la perspective d’une piqûre vous rebute ? Une étude publiée ce lundi 5 octobre 2026 dans la revue Nature Medicine va dans votre sens : un comprimé de la même famille qu’Ozempic, le safiglipron, a fait baisser le sucre sanguin un peu plus qu’un traitement de référence, la dapagliflozine (vendue en France sous le nom de Forxiga). Prometteur, mais ce médicament n’est autorisé nulle part en Europe.
Ce qu’il faut retenir
- Essai de phase 3 sur 810 diabétiques de type 2 en Chine, publié le 5 octobre 2026 dans Nature Medicine.
- HbA1c (sucre moyen sur 3 mois) : -1,50 à -1,68 point sous safiglipron contre -1,28 sous dapagliflozine.
- Poids : -2,35 à -4,17 % selon la dose, contre -3,60 % sous dapagliflozine.
- Environ 4 % d’arrêts pour effets indésirables, contre 1,5 % ; surtout des troubles digestifs.
- Non autorisé en Europe : rien ne change aujourd’hui pour les patients français.
De quoi parle-t-on exactement ?
Le safiglipron est développé par le laboratoire chinois Jiangsu Hengrui. Comme le sémaglutide d’Ozempic, il imite une hormone intestinale, le GLP-1, qui aide le corps à mieux gérer le sucre et réduit l’appétit. Différence de taille : ce n’est pas une protéine à injecter, mais une petite molécule chimique qui s’avale sous forme de comprimé, une fois par jour. Selon les chercheurs, il se prend sans être à jeun et sans contrainte alimentaire.
L’essai, baptisé OUTSTAND-2, est une étude de phase 3, la dernière étape avant une demande d’autorisation. Il a réuni 810 adultes diabétiques de type 2 dans 98 centres en Chine. Tous prenaient déjà de la metformine, le traitement de base du diabète, sans que cela suffise. Ils ont été tirés au sort pour recevoir en plus soit le safiglipron (à 30, 60 ou 90 mg selon les groupes), soit la dapagliflozine, en double aveugle : ni les patients ni les médecins ne savaient qui prenait quoi. Le traitement a duré 52 semaines au total : 32 semaines de phase principale, puis 20 semaines de prolongation.
Quels résultats sur le sucre et sur le poids ?
Le critère principal était l’HbA1c, ou hémoglobine glyquée. C’est un examen de sang simple qui reflète votre taux de sucre moyen sur environ 3 mois. Au départ, les participants étaient en moyenne à 8,60 %, alors que l’objectif habituel se situe autour de 7 %.
Après 32 semaines, l’HbA1c a baissé de :
- 1,58 point avec 30 mg de safiglipron ;
- 1,50 point avec 60 mg ;
- 1,68 point avec 90 mg ;
- 1,28 point avec la dapagliflozine.
Les trois doses ont fait au moins aussi bien que le traitement de référence. Seule la dose de 90 mg a été déclarée supérieure selon les règles statistiques fixées à l’avance. Autre chiffre parlant : environ 6 patients sur 10 sous safiglipron (54,9 à 63,5 % selon la dose) sont passés sous la barre des 7 %, contre un peu plus d’1 sur 3 (36,5 %) sous dapagliflozine.
Côté poids, en revanche, pas de miracle. Les participants ont perdu en moyenne 2,35 %, 3,55 % et 4,17 % de leur poids selon la dose, contre 3,60 % sous dapagliflozine. Seule la plus forte dose fait un peu mieux, et l’on reste loin des pertes de poids associées à Wegovy ou Mounjaro. Ce comprimé vise d’abord le diabète, pas l’amaigrissement.
Et les effets secondaires ?
Comme pour toute la famille d’Ozempic, ce sont surtout les troubles digestifs (nausées, diarrhées…), plus fréquents qu’avec la dapagliflozine, mais le plus souvent légers ou modérés selon les auteurs. Environ 4 % des patients sous safiglipron ont arrêté le traitement à cause d’effets indésirables, contre 1,5 % sous dapagliflozine.
Les hypoglycémies légères (sucre un peu trop bas) ont aussi été plus fréquentes : 6,4 à 9,4 % des patients selon la dose, contre 2,5 %. Aucune hypoglycémie sévère n’a été rapportée, dans aucun groupe.
Les comprimés vont-ils remplacer les piqûres ?
Ce résultat s’inscrit dans une véritable course aux comprimés. Une semaine plus tôt, le 29 septembre, une étude sœur (OUTSTAND-1) montrait déjà que le safiglipron faisait baisser l’HbA1c face à un placebo chez 284 personnes au tout début de leur diabète. Les géants du secteur sont aussi dans la course : Novo Nordisk avec un Wegovy en comprimé, et Eli Lilly avec Foundayo (orforglipron), approuvé aux États-Unis contre l’obésité selon le laboratoire, et dont nous avons détaillé les derniers résultats.
Hengrui n’est pas un inconnu pour les Européens : le 29 septembre, il a cédé à Novo Nordisk les droits mondiaux (hors Chine) d’une autre pilule, HRS-1596, pensée pour une prise par semaine, pour 300 millions de dollars d’emblée et jusqu’à 2,6 milliards au total.
Les comprimés ne feront pas disparaître les piqûres du jour au lendemain. Sur le poids, ce safiglipron reste modeste, et les auteurs eux-mêmes rappellent que l’essai n’a inclus que des patients chinois, ce qui limite la portée des résultats ailleurs. Ses effets à long terme sur le cœur et les reins restent inconnus : un essai dédié est en cours. Enfin, l’étude a été menée avec le laboratoire qui développe la molécule, dont un chercheur fait partie des auteurs. Pour un tour d’horizon des molécules à venir, consultez notre panorama des nouveaux traitements GLP-1.
Ce que ça change pour vous en France et en Belgique
Aujourd’hui, rien. Le safiglipron n’est autorisé ni en France, ni en Belgique, ni ailleurs en Europe. Si vous êtes diabétique, ne modifiez jamais votre traitement de vous-même, et méfiez-vous des sites qui prétendraient vendre cette pilule.
Concrètement, voici les questions que vous pouvez poser à votre médecin ou à votre pharmacien :
- Où en est mon HbA1c, et quel objectif est réaliste pour moi ?
- Un traitement de la famille d’Ozempic, en piqûre ou en comprimé, aurait-il un intérêt dans mon cas ?
- Quels effets secondaires dois-je surveiller avec mon traitement actuel ?
Ce qu’il faut retenir : une pilule chinoise de la famille d’Ozempic a fait un peu mieux que la dapagliflozine sur le sucre sanguin dans un essai solide de phase 3, avec un effet modeste sur le poids et davantage de troubles digestifs. Une étape de plus vers des traitements sans aiguille, mais pas encore pour les patients français.
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Sources
- Guo L., Ye Z. et al., « Oral small-molecule GLP-1RA safiglipron versus dapagliflozin in type 2 diabetes: a randomized, double-blind, active-comparator-controlled phase 3 trial » (OUTSTAND-2), Nature Medicine, 5 octobre 2026
- « Oral small-molecule GLP-1 receptor agonist safiglipron in early type 2 diabetes: a randomized, double-blind, placebo-controlled trial » (OUTSTAND-1), Nature Medicine, 29 septembre 2026
- Jiangsu Hengrui Pharmaceuticals, « Hengrui Pharma and Novo Enter Exclusive License Agreement for Once-Weekly Oral GLP-1/GIP Dual Receptor Agonist HRS-1596 », communiqué, 29 septembre 2026
- Eli Lilly, communiqué sur Foundayo (orforglipron) et le diabète de type 2, PR Newswire, 30 septembre 2026
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
