On savait déjà que le sémaglutide, la molécule d’Ozempic, protège les reins des diabétiques. Restait à comprendre comment. Publié le 1er octobre 2026 dans Nature Medicine, l’essai REMODEL a tenté de répondre en combinant IRM du rein, biopsies et analyses génétiques. Le bilan est contrasté : les critères principaux n’ont pas été atteints, mais plusieurs signaux vont dans le sens d’une action directe sur les vaisseaux et les filtres rénaux.
Ce qu’il faut retenir
- Essai REMODEL : 106 diabétiques de type 2 avec maladie rénale chronique, sémaglutide 1 mg par semaine ou placebo pendant 52 semaines.
- Les trois critères principaux mesurés par IRM (oxygénation, perfusion, inflammation du rein) n’ont pas été modifiés de façon significative.
- Le rapport albumine/créatinine urinaire a baissé de 40 % par rapport au placebo, la résistance des artères rénales a diminué.
- Les biopsies montrent des changements d’expression des gènes dans les cellules qui tapissent les filtres du rein.
- Ces résultats éclairent le mécanisme de la protection rénale montrée par l’essai FLOW, sans créer de nouvelle indication.
Un essai pour comprendre, pas pour prouver
REMODEL n’a pas été conçu pour démontrer que le sémaglutide protège les reins : c’est déjà établi. L’essai FLOW, publié dans le New England Journal of Medicine en 2024, a montré chez 3 533 diabétiques de type 2 atteints de maladie rénale chronique une réduction de 24 % du risque d’insuffisance rénale, de perte importante de la fonction rénale ou de décès d’origine rénale ou cardiovasculaire, sur un suivi médian de 3,4 ans.
« Ces résultats n’expliquaient pas entièrement la biologie sous-jacente », expliquait en mars la néphrologue Katherine Tuttle, co-autrice principale, à propos de la raison d’être de REMODEL. D’où un essai dit « mécanistique ».
106 patients, IRM et biopsies
L’essai a inclus 106 adultes diabétiques de type 2 avec une maladie rénale chronique : 71 sous sémaglutide injectable à 1 mg par semaine (dose atteinte après huit semaines de montée progressive) et 35 sous placebo, pendant 52 semaines. Âge moyen : 65 ans ; seules 23,6 % des participants étaient des femmes. Leur fonction rénale de départ (DFG) était en moyenne de 51 ml/min/1,73 m², soit une insuffisance modérée.
Les chercheurs ont réalisé des IRM multiparamétriques pour mesurer l’oxygénation, la perfusion et l’inflammation du rein. Trente-trois participants ont aussi accepté une biopsie rénale (22 sous sémaglutide, 11 sous placebo), avec des analyses de l’activité des gènes cellule par cellule.
Ce qui n’a pas bougé, et ce qui a changé
Premier constat, honnêtement rapporté par les auteurs : les trois critères principaux mesurés par IRM (oxygénation, perfusion globale et inflammation des tissus) n’ont pas été modifiés de manière significative par rapport au placebo.
En revanche, plusieurs critères secondaires ont évolué :
- le rapport albumine/créatinine dans les urines, marqueur clé de l’atteinte des filtres rénaux, a baissé de 40 % par rapport au placebo ;
- l’indice de résistance des artères rénales a diminué, signe d’une moindre résistance vasculaire ;
- un paramètre d’IRM lié à la fibrose (coefficient de diffusion du cortex) s’est stabilisé ;
- dans les biopsies, les cellules endothéliales des glomérules (les filtres du rein) présentaient des programmes génétiques plus favorables, sur le plan métabolique et inflammatoire.
Le poids a baissé de 4,45 kg de plus que sous placebo et l’HbA1c de 0,88 point de plus. L’évolution de la fonction rénale (DFG) est restée proche entre les deux groupes, sans différence significative.
Pour les auteurs, la protection rénale du sémaglutide pourrait passer par une baisse de la résistance des vaisseaux, une prévention de la fibrose et une amélioration de la santé des cellules endothéliales.
Côté tolérance
Les événements indésirables graves ont été comparables entre les deux groupes et aucune complication grave liée aux biopsies n’a été rapportée. En revanche, l’arrêt définitif du traitement pour effets indésirables a concerné 12,7 % des patients sous sémaglutide, contre 2,9 % sous placebo, un écart qui rappelle que la tolérance reste un sujet chez ces patients.
Ce qu’il faut retenir
REMODEL est un petit essai mécanistique : il n’a pas atteint ses critères principaux et ne suffit pas, seul, à expliquer l’effet du sémaglutide sur le rein. Il apporte toutefois des pistes biologiques cohérentes avec les bénéfices cliniques démontrés par FLOW.
En France et en Belgique, Ozempic reste prescrit dans le diabète de type 2, sur ordonnance. Cette étude ne modifie pas les indications. Chez un diabétique atteint de maladie rénale, le choix des traitements protecteurs relève du médecin traitant, du diabétologue ou du néphrologue. Pour aller plus loin, voir notre dossier GLP-1, notre FAQ et notre comparatif des traitements.
Sources
- Tuttle, Bjornstad, Kretzler et al., Effects of semaglutide on kidney disease in type 2 diabetes: a randomized placebo-controlled trial (REMODEL), Nature Medicine, 1er octobre 2026
- The Pharmaceutical Journal, essai FLOW : le sémaglutide réduit le risque d’insuffisance rénale (NEJM), mai 2024
- HCPLive, From FLOW to REMODEL: understanding semaglutide in CKD, avec Katherine Tuttle, 30 mars 2026
- ClinicalTrials.gov, essai REMODEL (NCT04865770)
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