Pour prétendre à un traitement comme Wegovy ou Mounjaro contre l’excès de poids, il faut aujourd’hui un indice de masse corporelle (IMC) d’au moins 30, ou d’au moins 27 avec une maladie liée au poids. En dessous, la porte reste fermée. Une étude danoise présentée au congrès de l’Association européenne pour l’étude du diabète (EASD), à Milan, interroge ce seuil : une partie des personnes en « simple » surpoids, hors critères, ont un risque de maladie coronarienne comparable à celui des patients qui, eux, peuvent recevoir un GLP-1.
Ce qu’il faut retenir
- Étude présentée à l’EASD 2026 (Milan), communiqué du 27 septembre 2026
- 313 145 personnes en surpoids suivies jusqu’à 18 ans (UK Biobank et Copenhagen General Population Study)
- Entre 25 et 26,9 d’IMC, 44 % à 48 % ont un cholestérol résiduel élevé et/ou une inflammation de bas grade
- Ces personnes non éligibles ont un sur-risque coronarien de 41 % à 47 %, comparable à celui des personnes éligibles (35 % à 41 %)
- Étude observationnelle : aucun GLP-1 n’a été testé chez ces personnes
313 000 personnes suivies pendant près de vingt ans
L’équipe de la Dre Karen Hvid (hôpital universitaire de Copenhague, Herlev) a analysé deux grandes cohortes : la UK Biobank britannique et la Copenhagen General Population Study danoise. Au total, 313 145 personnes en surpoids (IMC d’au moins 25), d’un âge médian de 58 ans, pour moitié des femmes, suivies jusqu’à 18 ans. Pendant cette période, 23 134 d’entre elles ont développé une maladie coronarienne.
Environ deux tiers des participants (204 850) remplissaient les critères actuels pour un GLP-1 à visée de perte de poids. Les chercheurs se sont intéressés aux autres, et en particulier à ceux dont l’IMC se situe entre 25 et 26,9.
Cholestérol résiduel et inflammation : deux marqueurs qui changent tout
Dans ce groupe, environ la moitié (44 % dans la cohorte danoise, 48 % dans la UK Biobank) présentait un cholestérol résiduel élevé, une inflammation chronique de bas grade, ou les deux. Le cholestérol résiduel correspond au cholestérol transporté par les lipoprotéines riches en triglycérides, un facteur de risque cardiovasculaire de plus en plus étudié.
Les chiffres sont frappants. Comparées aux personnes non éligibles avec des taux normaux de cholestérol et d’inflammation, celles qui présentaient ces anomalies avaient un risque de maladie coronarienne augmenté de 41 % (cohorte danoise) et de 47 % (UK Biobank). Pour les personnes éligibles aux GLP-1, le sur-risque était de 41 % et 35 % respectivement. Autrement dit, ces personnes exclues des traitements ont un profil de risque cardiaque similaire à celui des patients éligibles.
« Notre étude plaide pour l’extension de l’indication à ce groupe », affirme Karen Hvid dans le communiqué diffusé par l’EASD.
Une piste, pas encore une preuve
Le niveau de preuve doit être bien compris. Il s’agit d’une étude observationnelle : elle mesure un risque, elle ne teste aucun médicament. Rien ne démontre à ce stade qu’un GLP-1 réduirait les infarctus chez ces personnes. Les auteurs le reconnaissent et appellent à des essais cliniques. Les seuils exacts retenus pour définir le cholestérol résiduel élevé et l’inflammation ne figurent pas dans le communiqué.
L’hypothèse s’appuie néanmoins sur un précédent solide. Dans l’essai SELECT, publié dans le New England Journal of Medicine en 2023, le sémaglutide a réduit de 20 % les événements cardiovasculaires majeurs chez 17 604 personnes en surpoids ou obèses (IMC d’au moins 27) déjà atteintes d’une maladie cardiovasculaire et sans diabète. Mais ces participants étaient à plus haut risque que la population visée par l’étude danoise.
À noter : la recherche a été financée par des académies danoises elles-mêmes soutenues par la Fondation Novo Nordisk, actionnaire de référence du fabricant de Wegovy, et plusieurs auteurs déclarent des liens avec l’industrie pharmaceutique.
Ce que ça change en France et en Belgique
Rien, pour l’instant. Les autorisations européennes de Wegovy et Mounjaro dans la gestion du poids restent réservées aux adultes avec un IMC d’au moins 30, ou d’au moins 27 avec au moins une comorbidité liée au poids, et les conditions de remboursement sont plus restrictives encore. Élargir l’indication supposerait de nouveaux essais, puis une évaluation par l’Agence européenne des médicaments.
Ce qu’il faut retenir
- Environ une personne sur deux avec un IMC entre 25 et 26,9 présente un cholestérol résiduel élevé ou une inflammation chronique.
- Ces personnes, exclues des GLP-1, ont un risque coronarien comparable à celui des patients éligibles.
- L’étude est observationnelle : elle ne prouve pas qu’un GLP-1 les protégerait.
- Les critères d’accès en Europe sont inchangés ; le bilan lipidique et le suivi du risque cardiovasculaire restent à discuter avec son médecin.
Sources
- EASD / EurekAlert!, « Millions more people with overweight could benefit from GLP-1 drugs to protect heart health, Danish study suggests », 27 septembre 2026
- News-Medical, « Research makes strong case for broader use of GLP1 drugs to protect hearts », 28 septembre 2026
- Lincoff AM et al., « Semaglutide and Cardiovascular Outcomes in Obesity without Diabetes » (SELECT), NEJM, 2023
- EMA, Wegovy : EPAR et informations produit
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