Arrêter Wegovy ou Mounjaro : en un an et demi, tout le poids revient

Que se passe-t-il quand on arrête ? Selon une grande analyse publiée dans le BMJ, le poids revient à son niveau de départ en un an et demi environ. Une donnée qui a même pesé dans le refus de rembourser Wegovy en Belgique.

Mètre ruban

Que se passe-t-il quand on arrête un traitement de l’obésité ? Une équipe de l’université d’Oxford a rassemblé toutes les données disponibles pour répondre à cette question, et la réponse publiée dans The BMJ en janvier 2026 est sans ambiguïté : le poids revient, et vite. Avec le sémaglutide (Wegovy) et le tirzépatide (Mounjaro), la reprise atteint en moyenne 0,8 kg par mois. Un chiffre qui compte, car il nourrit directement le débat sur le remboursement de ces médicaments en France et en Belgique.

Ce qu’il faut retenir

  • 37 études et 9 341 participants analysés, recherche bibliographique arrêtée en février 2025.
  • Reprise moyenne de 0,4 kg par mois après l’arrêt, tous médicaments confondus ; environ 0,8 kg par mois pour le sémaglutide et le tirzépatide.
  • Retour au poids de départ estimé à 1,7 an en moyenne, 1,5 an pour sémaglutide et tirzépatide.
  • Glycémie, tension et lipides reviennent à leur niveau initial en 1,4 an environ.
  • La reprise est plus rapide qu’après un programme diététique et comportemental (+0,3 kg par mois).

La fiche de l’étude

RéférenceWest S., Scragg J., Aveyard P. et al. (dont Koutoukidis D. et Jebb S.), « Weight regain after cessation of medication for weight management: systematic review and meta-analysis », The BMJ, mis en ligne le 7 janvier 2026
Type d’étudeRevue systématique et méta-analyse (Medline, Embase, PsycINFO, CINAHL, Cochrane, Web of Science, registres d’essais, jusqu’en février 2025)
Participants9 341 adultes en surpoids ou obèses, issus de 37 études (63 bras de traitement), dont 35 essais randomisés
Traitements étudiésMédicaments de l’obésité : liraglutide (12 études), sémaglutide (8), tirzépatide (7), mais aussi orlistat, phentermine, etc. Comparaison indirecte avec l’arrêt de programmes comportementaux
DuréeTraitement de 39 semaines en moyenne, suivi moyen de 32 semaines après l’arrêt
Critère principalVitesse de reprise de poids (kg par mois) après l’arrêt du médicament
FinancementNIHR Oxford Biomedical Research Centre (financement public britannique)

Ce que montrent les résultats

Tous médicaments confondus, les participants avaient perdu en moyenne 8,3 kg pendant le traitement. Après l’arrêt, ils ont repris 0,4 kg par mois en moyenne (intervalle de confiance à 95 % : 0,3 à 0,5), soit environ 4,8 kg la première année. Selon la modélisation des auteurs, le retour au poids de départ intervient en 1,7 an environ.

Le phénomène est plus marqué avec les molécules les plus puissantes. Sous sémaglutide ou tirzépatide, la perte moyenne atteignait 14,7 kg ; la reprise après l’arrêt est d’environ 0,8 kg par mois, soit 9,9 kg la première année, et le retour au poids initial est estimé à 1,5 an. Autrement dit, plus on perd vite, plus on reprend vite.

Les bénéfices métaboliques suivent la même trajectoire. L’hémoglobine glyquée (HbA1c) et la tension diastolique reviennent à leur niveau de départ en 1,4 an environ ; la glycémie à jeun, la tension systolique et les triglycérides en un an environ.

Le point le plus commenté concerne la comparaison avec les programmes diététiques et comportementaux : à perte de poids égale, la reprise est plus rapide après l’arrêt d’un médicament, de 0,3 kg par mois (0,22 à 0,34). Autre constat, l’intensité de l’accompagnement comportemental associé au médicament ne modifiait pas significativement la vitesse de reprise.

Ces chiffres sont cohérents avec les grands essais d’arrêt contrôlés. Dans l’extension de l’essai STEP 1, les participants qui avaient perdu 17,3 % de leur poids sous sémaglutide en avaient repris environ les deux tiers un an après l’arrêt. Dans SURMOUNT-4 (JAMA, décembre 2023), les patients passés sous placebo après 36 semaines de tirzépatide ont repris 14 % de leur poids, quand ceux qui poursuivaient le traitement en perdaient encore 5,5 %.

Effets indésirables et tolérance

Cette méta-analyse ne portait pas sur la tolérance des traitements mais sur ce qui se passe après leur arrêt. Elle n’apporte donc pas de données nouvelles sur les effets secondaires, déjà bien décrits par ailleurs (nausées, troubles digestifs, voir notre dossier sur les effets secondaires des GLP-1). Le « risque » mis en évidence ici est d’une autre nature : la perte, en un à deux ans, des bénéfices obtenus sur le poids, la glycémie et la tension.

Les limites de l’étude

  • Peu de données sur les molécules récentes : 8 études pour le sémaglutide et 7 pour le tirzépatide, avec un suivi après arrêt limité à environ 12 mois.
  • Des projections, pas des observations : le délai de retour au poids initial est une extrapolation au-delà des données disponibles, comme l’ont souligné plusieurs experts interrogés par le Science Media Centre britannique.
  • Risque de biais : une partie des études incluses n’étaient pas jugées à faible risque de biais.
  • Comparaison indirecte avec les programmes comportementaux, issus d’autres études et d’autres populations.
  • Cadre d’essai clinique : la majorité des données provient d’essais contrôlés, pas de la vie réelle, où les arrêts sont souvent progressifs ou partiels.

Ce que ça change pour les patients en France et en Belgique

Cette étude éclaire un choix politique qui sépare les deux pays. En Belgique, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke a annoncé le 3 juin 2026 suivre l’avis négatif de la Commission de remboursement des médicaments sur Wegovy, en invoquant notamment la reprise de poids après l’arrêt et le retour au poids de départ en 18 mois environ. Le Mounjaro n’y est remboursé que dans le diabète de type 2.

En France, Wegovy et Mounjaro sont pris en charge à 65 % depuis le 15 juin 2026, mais uniquement chez l’adulte avec un IMC d’au moins 40, ou d’au moins 35 avec une comorbidité, après échec d’une prise en charge nutritionnelle, et sur prescription initiale de médecins spécialisés. La méta-analyse rappelle que ces traitements agissent tant qu’on les prend : toute décision de début, de poursuite ou d’arrêt se discute avec le médecin, idéalement en anticipant l’après. Pour en savoir plus sur ces molécules, voir nos fiches sémaglutide et GLP-1.

Notre verdict

C’est aujourd’hui la synthèse la plus complète sur l’après-traitement : elle confirme, à l’échelle de près de 10 000 patients, ce que les essais d’arrêt montraient isolément. L’obésité se comporte comme une maladie chronique, et les médicaments de type GLP-1 comme des traitements de fond, pas comme une cure. Le chiffre de 0,8 kg par mois pour le sémaglutide et le tirzépatide repose toutefois sur un nombre limité d’études, et la durée de retour au poids initial reste une projection.

Niveau de preuve : élevé pour le principe d’une reprise rapide (cohérence entre méta-analyse et essais randomisés d’arrêt) ; moyen pour les chiffres précis concernant le sémaglutide et le tirzépatide, faute de suivi long.

Sources

Rapport publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Avertissement médical.

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