Colis saisis, sites fermés : l’étau se resserre sur le marché gris des peptides

Opérations Pangea et SHIELD, usine clandestine démantelée au Royaume-Uni, décisions de police sanitaire en France : la répression du marché gris des peptides change d'échelle. Et l'acheteur n'est pas à l'abri.

Comprimés sous blister

Ils arrivent par la poste, dans une enveloppe matelassée, sous forme de poudre blanche en flacon. Pendant des années, les peptides vendus en ligne ont prospéré dans l’indifférence relative des autorités. Ce n’est plus le cas. En Europe comme aux États-Unis, les opérations internationales visant les médicaments illicites citent désormais explicitement les peptides et les faux GLP-1 parmi leurs cibles. Tour d’horizon d’une répression qui change d’échelle, et de ce qu’elle implique pour l’acheteur.

Ce qu’il faut retenir

  • Pangea XVII (2025) : 769 arrestations et 13 000 sites ou pages de réseaux sociaux fermés dans 90 pays.
  • SHIELD VI (Europol, avril-novembre 2025) : 3 354 personnes poursuivies dans 30 pays, dont la France et la Belgique.
  • Au Royaume-Uni, la MHRA a démantelé en octobre 2025 la première usine illégale de stylos amaigrissants du pays.
  • En France, l’importation d’un médicament par un particulier n’est libre que s’il dispose d’une AMM.
  • En Belgique, après deux avertissements, l’AFMPS propose une transaction d’au moins 400 euros.

Interpol : les peptides entrent dans les radars

Annoncée le 25 juin 2025, l’opération Pangea XVII d’Interpol, menée dans 90 pays entre décembre 2024 et mai 2025, s’est soldée par 769 arrestations, le démantèlement de 123 groupes criminels et la saisie de 50,4 millions de doses de produits pharmaceutiques illicites, pour une valeur de 65 millions de dollars. Environ 13 000 sites web et pages de réseaux sociaux ont été fermés. Pour la première fois, Interpol a pointé une « demande croissante » pour les antidiabétiques et les compléments à base de peptides, citant nommément le BPC-157, l’ipamoréline et le mélanotan, notamment en Europe.

L’édition suivante, Pangea XVIII, menée du 10 au 23 mars 2026, a donné lieu à 269 arrestations et à la perturbation d’environ 5 700 sites, pages, chaînes et robots de messagerie. Interpol y décrit des peptides commercialisés comme « produits chimiques de recherche » ou « peptides cosmétiques ».

Europe : SHIELD VI et une usine britannique

En Europe, l’opération SHIELD VI, coordonnée par Europol avec l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) d’avril à novembre 2025, a réuni 30 pays. Bilan publié le 25 février 2026 : 3 354 personnes poursuivies, 33 millions d’euros de produits saisis et 66 sites internet fermés. Les enquêteurs ont mis au jour la distribution de faux produits à base de sémaglutide présentés comme « brûleurs de graisse ». La France et la Belgique figuraient parmi les États participants.

Au Royaume-Uni, l’agence du médicament (MHRA) a frappé fort les 22 et 23 octobre 2025 : dans un entrepôt de Northampton, elle a saisi plus de 2 000 stylos amaigrissants non autorisés à base de rétatrutide et de tirzépatide, des dizaines de milliers de stylos vides prêts à être remplis et des matières premières. Il s’agit de la première usine illicite de ce type découverte dans le pays, et selon la MHRA, probablement de la plus grosse saisie de médicaments amaigrissants jamais réalisée par un service répressif. Sur l’ensemble de 2025, l’agence revendique 45 millions de livres de médicaments illégaux saisis et plus de 1 500 sites et comptes de réseaux sociaux neutralisés.

En France, la police sanitaire de l’ANSM

En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a pris depuis octobre 2025 une série de décisions de police sanitaire contre des sites vendant de prétendus agonistes du GLP-1 : patchs, solutions buvables ou stylos censés contenir du sémaglutide ou de la rétatrutide. Les analyses ont révélé l’absence de principe actif dans certains patchs. L’agence a saisi le parquet, signalé les sites sur la plateforme Pharos du ministère de l’Intérieur et obtenu le retrait d’annonces sur plusieurs places de marché. Dans une alerte du 2 juillet 2026, elle demande de ne pas acheter de peptides « sur internet, sur les réseaux sociaux ou par l’intermédiaire de connaissances ».

Et l’acheteur ? Ce que prévoient la France et la Belgique

Acheter n’est pas sans conséquence. En France, la douane rappelle que l’importation de médicaments est soumise à une autorisation de l’ANSM. Un particulier n’en est dispensé que si le produit dispose d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) en France. Or les peptides vendus comme « research peptides », du BPC-157 au TB-500, n’en ont aucune : leur importation sort donc du cadre légal et le colis peut être retenu.

En Belgique, l’Agence fédérale des médicaments (AFMPS) détaille la procédure. Au premier colis saisi, le destinataire reçoit un avertissement et le dossier est classé sans suite. Un deuxième colis intercepté dans un délai rapproché vaut un second avertissement. Au-delà, l’AFMPS propose un règlement à l’amiable d’au moins 400 euros et peut, dans certains cas, transmettre le dossier au parquet. Le destinataire peut contester la saisie par lettre recommandée dans les 14 jours, sans garantie de récupérer les produits.

Pour les sportifs, le risque est double : le BPC-157 figure dans la catégorie S0 (« substances non approuvées ») de la liste des interdictions de l’Agence mondiale antidopage, interdite en permanence.

Ce qu’il faut retenir

  • Les opérations Pangea (Interpol) et SHIELD (Europol) ciblent désormais explicitement les peptides et les faux GLP-1.
  • Les saisies révèlent des produits sans principe actif, contrefaits ou fabriqués dans des ateliers clandestins.
  • En France comme en Belgique, l’importation par un particulier d’un peptide sans AMM n’est pas autorisée ; en Belgique, la récidive peut coûter au moins 400 euros.
  • Un effet indésirable doit être signalé sur signalement.social-sante.gouv.fr (France) ou auprès de l’AFMPS (Belgique).

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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