Predrag Sikirić, le chercheur croate seul ou presque derrière le BPC-157

L'essentiel de la littérature sur le BPC-157 provient d'un seul laboratoire, à Zagreb. Une enquête de STAT et Undark lève le voile sur son fondateur, Predrag Sikirić, et sur cinquante ans de promesses restées sans essai clinique publié.

Sport et musculation

Avant d’être un phénomène des podcasts américains, le BPC-157 est l’œuvre d’un homme. Predrag Sikirić, 72 ans, professeur de pharmacologie à la faculté de médecine de l’université de Zagreb, travaille sur cette molécule depuis près de cinquante ans. Une enquête de la journaliste Sara Talpos, publiée fin mai et début juin 2026 par Undark et STAT avec le soutien du Pulitzer Center, éclaire l’histoire singulière de ce peptide, et les zones d’ombre qui l’entourent.

Ce qu’il faut retenir

  • Plus de 150 articles signés par Predrag Sikirić sur le BPC-157, selon STAT.
  • Plus de 80 % des publications indexées sont liées à son groupe, selon des chercheurs polonais.
  • Deux essais de Pliva sur la rectocolite au début des années 2000, jamais publiés intégralement.
  • Un essai lancé vers 2015 à Tijuana, annulé ; données retirées avant examen externe.
  • Liens d’intérêts (brevets, sociétés) non déclarés dans les articles examinés par STAT.

Une idée de 1975, un peptide de 15 acides aminés

Selon l’enquête, l’idée germe en 1975, alors que Predrag Sikirić est encore étudiant en médecine. Les recherches démarrent en 1983 et l’équipe identifie en 1989 un peptide de 15 acides aminés. D’après Undark, son nom de travail évoquait l’expression croate « Bože pomozi » (« Dieu, aide-moi ») avant que l’acronyme ne soit relu en « Body Protection Compound ». Avec son collègue pathologiste Sven Seiwerth, le chercheur aurait encadré plus d’une centaine de doctorants.

Le résultat est une littérature abondante mais concentrée. STAT dénombre plus de 150 articles de Predrag Sikirić sur le sujet et environ 200 études référencées dans PubMed, dont la majorité signée par lui ou par Sven Seiwerth. Des équipes de Taïwan, de Corée du Sud, de Chine ou de Turquie ont publié des résultats favorables, mais l’essentiel reste issu de Zagreb, et porte sur des rongeurs et des cultures cellulaires.

Des essais industriels sans suite

En 1993, Sikirić signe avec le laboratoire croate Pliva. Celui-ci mène au début des années 2000 deux essais sur la rectocolite hémorragique, dont les résultats n’ont jamais été intégralement publiés ; selon Undark, ceux du second, rapportés en 2005, n’atteignaient pas la significativité statistique. En 2006, le centre de recherche de Pliva est vendu à GlaxoSmithKline, qui abandonne le projet. Les droits reviennent au chercheur en 2009.

Vers 2015, un essai est lancé à Tijuana (Mexique), sponsorisé par une société croate dont Sikirić est copropriétaire. Inscrit sur ClinicalTrials.gov, il apparaît comme annulé ; selon STAT, des données y avaient été déposées puis retirées avant tout examen externe. STAT relève aussi que le chercheur figure sur des demandes de brevet remontant à 1989, est propriétaire de la société sponsor de cet essai et dirige une entreprise détentrice d’un brevet sur une version « stable » du peptide, sans que ces liens apparaissent dans les articles examinés par le média.

Les questions des chimistes

Les critiques les plus vives portent sur l’identité même de la molécule. La séquence complète de la protéine gastrique dont le BPC-157 serait issu n’a jamais été publiée. « Je n’ai vu aucune démonstration qu’il s’agissait d’une substance unique, pure et isolée », estime Anna Mapp, chimiste à l’université du Michigan et présidente de l’American Peptide Society, interrogée sur le brevet correspondant. Le chercheur assume ce secret : « Si vous avez votre propre enfant, vous voulez qu’il soit à vous pour toujours. »

Autre énigme : aucun récepteur n’a été identifié. « La grande majorité des peptides ont besoin de récepteurs pour agir », rappelle Patricia Brubaker, spécialiste des peptides à l’université de Toronto. Quant à l’absence d’effets secondaires mise en avant, Michael Parnham, ancien conseiller scientifique de Pliva, la retourne : « Tout ce qui n’a pas d’effets secondaires n’est probablement pas très actif. » Son vieux collègue Sandor Szabo défend au contraire une approche pragmatique : « Tant que ça marche et que ça n’a pas d’effets secondaires, qui s’en soucie ? »

Pourquoi c’est important maintenant

Cette enquête paraît au moment où les États-Unis envisagent d’ouvrir le BPC-157 aux pharmacies de préparation. Fin juillet, un comité de la FDA a voté en ce sens, alors que les scientifiques de l’agence jugeaient la molécule insuffisamment caractérisée. Pour Christopher Mendias, chercheur au Performance Medicine Institute, contourner l’évaluation classique « a des conséquences potentielles ».

Ce qu’il faut retenir

  • L’essentiel des données sur le BPC-157 vient d’un seul laboratoire, avec un risque de biais difficile à écarter.
  • Les essais humains menés par l’industrie n’ont jamais été publiés en totalité.
  • La structure d’origine et le mécanisme d’action restent débattus.
  • Niveau de preuve : essentiellement animal ; aucune autorisation de mise sur le marché, nulle part.

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut