Votre médecin vous a dit que votre glycémie était « limite » ? C’est le prédiabète : un taux de sucre dans le sang trop élevé, sans être encore un diabète. Une étude américaine, dévoilée ce lundi 2 novembre par l’American Heart Association, suggère que les traitements de la famille d’Ozempic et Mounjaro feraient mieux que la metformine, le médicament classique, pour éviter de basculer dans le diabète. Voici ce qu’elle montre, et ses limites.
Ce qu’il faut retenir
- 256 492 adultes en prédiabète et en situation d’obésité, suivis environ 3 ans
- Sous GLP-1, le risque de développer un diabète de type 2 était 31 % plus faible que sous metformine
- Moins d’infarctus (−15 %), d’AVC (−20 %) et d’insuffisance cardiaque (−25 %) ont aussi été observés
- C’est une étude d’observation, pas encore publiée : elle montre un lien, pas une preuve
- Les auteurs eux-mêmes rappellent que la metformine reste un traitement de première intention
Qu’ont découvert les chercheurs ?
L’équipe de la Mayo Clinic (Arizona) a analysé les dossiers médicaux de 256 492 adultes en prédiabète et en obésité, issus de 104 établissements de soins entre 2010 et 2023. Âge moyen : 52 ans, et trois patients sur quatre étaient des femmes. La moitié prenait un GLP-1 (sémaglutide, la molécule d’Ozempic et Wegovy, tirzépatide, celle de Mounjaro, liraglutide ou dulaglutide). L’autre moitié prenait de la metformine. Les deux groupes ont été appariés selon l’âge, les maladies et les autres médicaments.
Après environ trois ans, par rapport aux patients sous metformine, ceux sous GLP-1 avaient :
- une chance environ 1,5 fois plus élevée de retrouver une glycémie normale ;
- un risque de diabète de type 2 plus faible de 31 % ;
- moins d’infarctus (−15 %), d’AVC (−20 %), d’insuffisance cardiaque (−25 %) et de fibrillation atriale, un trouble du rythme du cœur (−8 %) ;
- un risque de décès, toutes causes confondues, plus faible de 41 %.
« La bonne nouvelle avec le prédiabète, c’est qu’il est encore possible d’inverser l’évolution de la maladie », souligne le Dr Vinicius de Sousa Barzon Serra, chercheur à la Mayo Clinic et auteur de l’étude, dans le communiqué de l’American Heart Association (traduit par nos soins). Selon lui, ces résultats pourraient plaider pour envisager les GLP-1 « plus tôt » chez certains patients, « plutôt que d’attendre qu’ils développent un diabète de type 2 ».
Est-ce que les experts y croient ?
Le résultat n’étonne pas le Pr Robert Eckel, ancien président de l’American Heart Association, qui n’a pas participé à l’étude. « Les bénéfices observés sont probablement liés à la perte de poids des patients », estime-t-il (traduit par nos soins), une perte de poids dont on sait qu’elle aide à prévenir le diabète. Il voit dans les GLP-1 une option de prévention supplémentaire, « peut-être en complément ». Mais, prévient-il, « le coût et l’accès à ces médicaments sont des facteurs importants ».
L’auteur principal lui-même tempère : « La metformine reste un traitement de première intention. Elle est sûre, peu chère et a fait ses preuves depuis longtemps. » Pour lui, il s’agit moins de remplacer un médicament par un autre que « de discuter d’options supplémentaires avec certains patients ».
Pourquoi rester prudent ?
- C’est une étude d’observation. Elle compare des dossiers médicaux, sans tirage au sort. Les patients à qui l’on prescrit un GLP-1 peuvent différer de ceux sous metformine (revenus, suivi médical, poids de départ). Le lien observé n’est pas une preuve.
- Ce n’est qu’un résumé de congrès. L’étude sera présentée aux Scientific Sessions de l’American Heart Association (Chicago, 6-9 novembre) et n’a pas encore été relue par d’autres scientifiques.
- Les données sont imparfaites. Les maladies sont repérées par des codes de facturation, et les ordonnances ne disent pas si les patients ont vraiment pris leur traitement, ni à quelle dose. Les quatre GLP-1 sont aussi mélangés.
Un essai plus solide existe sur un point : dans l’essai STEP 10, publié en 2024, 81 % des adultes obèses en prédiabète traités par Wegovy avaient retrouvé une glycémie normale après un an, contre 14 % sous placebo, rappelle le site médical AJMC. Mais cet essai ne comparait pas Wegovy à la metformine.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
En France, ces médicaments ne sont pas prescrits pour le prédiabète en tant que tel. Wegovy et Mounjaro sont réservés à l’obésité ou au surpoids avec une maladie liée au poids, et leur remboursement est limité aux obésités sévères depuis le 15 juin 2026. Ozempic est, lui, réservé au diabète de type 2.
- Le premier traitement du prédiabète reste le mode de vie : perdre un peu de poids, bouger plus, manger mieux. L’auteur de l’étude le rappelle lui-même.
- Si vous êtes en prédiabète et en obésité, parlez-en à votre médecin : c’est à lui de juger si un traitement est utile, et lequel.
- Ne vous procurez jamais un GLP-1 sans ordonnance pour « prévenir » un diabète : les produits vendus en ligne sont souvent des contrefaçons.
Pour aller plus loin : Ozempic quand on n’est pas diabétique et notre guide des prix et du remboursement.
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Sources
- American Heart Association, « GLP-1 meds linked to lower diabetes, heart risks than standard diabetes prevention med », 2 novembre 2026 (résumé MDP1524, Scientific Sessions 2026)
- AJMC, « GLP-1 Use Tied to Lower Diabetes, CV Risk vs Metformin in Prediabetes », 2 novembre 2026
- American Diabetes Association, Standards of Care in Diabetes 2026, chapitre 8 (obésité et prévention du diabète)
Cet article est fourni à titre d’information. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin.
