Vous avez vu passer ces gélules « coupe-faim » qui promettent de vous rassasier comme un traitement contre l’obésité, mais sans ordonnance ? Mardi 27 octobre, le site spécialisé NutraIngredients a révélé que l’Autorité européenne de sécurité des aliments venait de dire non à l’un des plus étudiés d’entre eux : l’Appethyl, un extrait d’épinard. Son fabricant voulait pouvoir écrire sur la boîte qu’il « prolonge la satiété ». Refusé.
Ce qu’il faut retenir
- L’agence européenne a adopté le 29 septembre 2026 un avis négatif sur l’allégation « prolonge la satiété » de l’Appethyl.
- Raison : se sentir moins affamé ne suffit pas, il faut prouver un effet utile pour le corps, comme sur le poids.
- Deuxième échec : une allégation de perte de poids avait déjà été rejetée (avis 2023, refus officiel en 2025).
- Un complément alimentaire n’est pas un médicament : il n’a pas à prouver son efficacité pour être vendu.
Qu’a décidé l’agence européenne ?
L’Appethyl est une poudre tirée de feuilles d’épinard, riche en thylakoïdes. Ce sont de minuscules membranes des cellules végétales, celles qui servent à la photosynthèse. Selon ses promoteurs, elles ralentiraient la digestion des graisses et augmenteraient la production de deux hormones de la satiété, dont le GLP-1, l’hormone que copient Ozempic, Wegovy et Mounjaro. Son repreneur, le suédois Mimer Medical, le présente comme un « challenger » des médicaments GLP-1.
La société demandait le droit d’afficher : « la consommation d’Appethyl dans le cadre d’un repas prolonge la satiété et réduit les fringales après ce repas ». Le groupe d’experts en nutrition de l’agence a adopté son avis le 29 septembre 2026, selon le compte rendu officiel de sa réunion. Le texte complet doit paraître dans la revue de l’agence.
Le raisonnement est simple. Se sentir moins affamé, mesuré par des questionnaires, ne suffit pas. Il faut prouver un effet utile pour le corps, par exemple sur le poids. Le dossier ne le faisait pas. L’agence juge pourtant le produit lui-même correctement décrit.
Que répond le fabricant ?
Jan Bruhn, responsable de la recherche chez Mimer Medical, conteste : « L’EFSA nous a demandé de montrer un seul effet physiologique » (traduit par nos soins), cité par NutraIngredients. Il insiste sur l’absence de critique sur la sécurité ou la qualité des essais.
Un regard extérieur, mais lui aussi issu du secteur : Sergio Oya, directeur du cabinet de conseil réglementaire LegaleGo, estime que « cette interprétation pourrait être jugée trop restrictive ». Jérôme Le Bloch, du cabinet FoodChain ID, rappelle de son côté qu’il aurait fallu montrer un effet de la satiété sur une autre fonction, comme le poids.
Que valent les études sur l’extrait d’épinard ?
Ce n’est pas le premier refus. En 2023, l’agence avait déjà examiné une allégation de perte de poids. Sur trois études chez l’humain, celle de 12 semaines ne montrait aucun effet sur le poids par rapport à un placebo (une poudre sans principe actif). Une étude de 24 semaines suggérait un meilleur maintien du poids, jamais reproduite. Bruxelles a officiellement rejeté cette allégation en février 2025. L’ingrédient avait quitté le marché en 2023, après la faillite de son ancien fabricant.
Le chiffre le plus repris vient d’une étude de l’université de Lund, en Suède, publiée en 2014 : 38 femmes en surpoids, suivies trois mois. Le groupe extrait d’épinard a perdu 5 kg en moyenne, contre 3,5 kg sous placebo. C’est la chercheuse à l’origine de l’invention, Charlotte Erlanson-Albertsson, qui l’a menée. Elle travaille aujourd’hui avec Mimer Medical pour relancer le produit.
Pourquoi rester prudent ?
- Qui finance ? L’étude la plus citée a été menée par l’inventrice de l’extrait, qui travaille avec le fabricant. Son financement n’est pas précisé.
- Quelle taille ? Quelques dizaines de personnes, sur quelques mois. C’est très peu pour conclure.
- Faim ressentie ≠ kilos perdus. Avoir moins envie de grignoter ne prouve pas qu’on maigrit durablement.
Complément ou médicament : quelle différence ?
En France comme en Belgique, un complément alimentaire est juridiquement un aliment, pas un médicament. Il n’a pas besoin de prouver son efficacité pour être vendu, et il n’est pas remboursé. En revanche, toute phrase qui relie un aliment à la santé doit figurer sur la liste européenne des allégations autorisées, fixée par le règlement de 2006. Ces règles sont les mêmes dans toute l’Union. Une allégation trompeuse est interdite.
Un médicament comme Wegovy ou Mounjaro, lui, a dû démontrer son efficacité et sa sécurité dans des essais cliniques avant d’être autorisé. Il est prescrit par un médecin. Notre comparatif des traitements GLP-1 détaille leurs résultats.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Si une gélule se présente comme un « Ozempic naturel » ou promet de « couper la faim », aucune de ces allégations ne figure aujourd’hui parmi celles autorisées pour l’extrait d’épinard. Méfiez-vous des promesses chiffrées en kilos.
- Vous prenez déjà un traitement GLP-1 ? Parlez à votre médecin ou à votre pharmacien avant d’ajouter un complément.
- Vous cherchez à mieux contrôler votre appétit ? L’assiette reste le premier levier : voyez nos conseils pour bien manger sous GLP-1.
- Une question sur les vrais traitements ? Notre foire aux questions GLP-1 y répond.
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Sources
- NutraIngredients, « EFSA rejects Appethyl health claim », 27 octobre 2026
- EFSA, compte rendu de la 171e réunion plénière du panel NDA (29-30 septembre 2026), point 5.1, EFSA-Q-2025-00728
- EFSA Journal, « Appethyl® and reduction of body weight: evaluation of a health claim » (2023)
- AGRINFO, refus de l’allégation Appethyl confirmé, règlement (UE) 2025/350
- NutraIngredients, « Spinach extract one step closer to satiety health claim », 8 juin 2026
- NutraIngredients, « Forgotten botanical to GLP-1 challenger: Appethyl’s comeback story », 11 décembre 2025
- Université de Lund, « Spinach extract decreases cravings », 1er septembre 2014
- Commission européenne, allégations nutritionnelles et de santé (règlement CE 1924/2006)
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
