Cancer : un peptide « verrouille » la chimio jusqu’à la tumeur, ce que l’on sait vraiment

Ce lundi 26 octobre à l'ESMO, Avacta a présenté la faridoxorubicine, une chimio qu'un peptide garde inactive jusqu'à la tumeur. Chez 32 patients atteints d'un cancer des glandes salivaires, 11,4 mois sans aggravation, mais dans un petit essai sans groupe témoin.

Santé et consultation médicale

Une chimiothérapie qui ne s’allume qu’une fois arrivée dans la tumeur : c’est l’idée derrière la faridoxorubicine. Ce lundi 26 octobre, au congrès européen de cancérologie (ESMO) à Madrid, la société britannique Avacta a présenté de nouveaux résultats chez des patients atteints d’un cancer des glandes salivaires, une maladie rare. Mais l’étude est petite, précoce, et le traitement n’est disponible nulle part.

Ce qu’il faut retenir

  • Un peptide garde la chimio inactive jusqu’à ce qu’une enzyme de la tumeur (FAP) le coupe.
  • 11,4 mois sans aggravation en médiane chez 32 patients, contre 6 à 6,7 mois dans d’anciennes études.
  • Essai précoce, financé par l’entreprise, sans groupe témoin.
  • Aucune autorisation, ni en France ni ailleurs : ce n’est pas un produit à acheter.

Comment un peptide peut-il « verrouiller » une chimio ?

La base est un médicament ancien : la doxorubicine. C’est une chimiothérapie puissante, mais elle abîme aussi les cellules saines, en particulier le cœur. Les médecins doivent donc limiter les doses.

Avacta y accroche un peptide, c’est-à-dire une petite chaîne d’acides aminés, les briques des protéines. Tant que ce peptide est attaché, la chimio reste inactive. On parle de « conjugué peptide-médicament ».

La clé du verrou s’appelle FAP, pour fibroblast activation protein (protéine d’activation des fibroblastes). C’est une enzyme, une sorte de ciseau moléculaire. Elle abonde autour de nombreuses tumeurs, et beaucoup moins dans les tissus sains. Quand elle coupe le peptide, la doxorubicine est libérée sur place. D’où l’image du « missile » : la charge n’explose qu’à destination.

Dans les prélèvements de tumeur analysés, l’entreprise rapporte environ 100 fois plus de doxorubicine libérée dans la tumeur que dans le sang.

Qu’a-t-on mesuré exactement ?

L’essai a inclus 51 patients atteints d’un cancer des glandes salivaires. Les résultats d’efficacité portent sur 32 d’entre eux, ceux qui ont reçu les doses les plus élevées.

Le chiffre mis en avant est la « survie sans progression ». C’est le temps pendant lequel la maladie ne s’aggrave pas. Ici, il atteint 11,4 mois en médiane : la moitié des patients a dépassé cette durée sans aggravation. Avacta le compare à 6 à 6,7 mois, chiffres tirés d’études publiées sur d’autres traitements, en première ou deuxième intention.

La marge d’incertitude reste large : selon le communiqué, la vraie valeur se situe entre 7 mois et une borne haute pas encore atteinte. Côté tumeur, 3 patients sur 32 ont eu une réponse partielle, c’est-à-dire une réduction d’au moins 30 %. Six autres ont eu une réduction plus modeste. L’entreprise décrit un traitement « bien toléré ».

Le Dr Alan Ho, cancérologue au Memorial Sloan Kettering de New York et auteur principal du poster, résume : « Ce sont des résultats prometteurs avec la faridoxorubicine chez des patients atteints de cancers des glandes salivaires » (traduit par nos soins). Le communiqué précise qu’il a des intérêts financiers liés à Avacta. La PDG de l’entreprise, Christina Coughlin, y voit la preuve que sa technologie peut livrer des médicaments très puissants aux tumeurs sur de longues périodes.

Nous n’avons pas trouvé, à ce stade, de commentaire d’un expert indépendant sur ces données.

Pourquoi rester prudent ?

  • Qui finance ? L’essai est promu par Avacta, qui commercialisera le produit. Le médecin cité a des liens financiers avec l’entreprise.
  • Quelle étude ? Un essai de phase 1, la toute première étape chez l’humain. Il n’y a pas de groupe témoin tiré au sort : la comparaison se fait avec des chiffres historiques, issus d’autres études et d’autres patients. Ce n’est pas une preuve d’efficacité supérieure.
  • Combien de patients ? 32 personnes analysées, sur un cancer rare. Les résultats ont été présentés sous forme de poster en congrès, pas dans une revue scientifique relue par des pairs.

Tout n’est pas anodin non plus. Dans le poster présenté au congrès américain ASCO en juin, environ un patient sur quatre (24 %) avait une forte baisse de certains globules blancs liée au traitement. En revanche, aucune atteinte grave du muscle cardiaque n’était rapportée sur 111 patients.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Pour l’instant, rien de concret. La faridoxorubicine n’est autorisée dans aucun pays. Elle n’existe qu’au sein de l’essai clinique. Il n’y a donc ni prix ni remboursement, en France comme en Belgique. Les centres qui y participent, cités dans les posters, sont américains et britanniques.

La prochaine étape serait un grand essai dit « pivot », capable de servir de base à une autorisation. Avacta indique s’être mis d’accord sur son plan avec l’agence américaine du médicament (FDA). Mais elle précise qu’elle n’avancera qu’avec un partenaire industriel.

Attention aussi à une confusion possible. Ce n’est pas un « peptide de recherche » vendu en ligne. Aucun produit acheté sur Internet ne reproduit ce traitement, et s’en procurer serait dangereux.

Si vous ou un proche êtes concernés par un cancer des glandes salivaires, parlez-en à votre cancérologue. Lui seul peut dire si un essai clinique est adapté à votre situation. Pour aller plus loin, voyez notre rubrique peptides et notre article sur l’échec d’un vaccin à peptides contre le cancer du pancréas.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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