BPC-157 bientôt toléré aux États-Unis ? Ce qui se joue à la Maison-Blanche

Mercredi puis vendredi, des partisans des peptides avaient rendez-vous à la Maison-Blanche pour peser sur un projet de tolérance provisoire du BPC-157 aux États-Unis. Ce n'est pas une autorisation, le texte reste secret, et en France rien ne change.

Médicaments en comprimés et gélules

Vous avez lu que le BPC-157 allait « devenir légal » aux États-Unis ? Pas si vite. Le texte qui pourrait ouvrir la porte n’est même pas public. Et pendant qu’il est examiné à la Maison-Blanche, les partisans des peptides défilent dans les bureaux pour peser sur son contenu.

Ce qu’il faut retenir

  • Mercredi 21 et vendredi 23 octobre, une association de médecins pro-peptides puis la plateforme Hims & Hers avaient rendez-vous à la Maison-Blanche.
  • Le texte examiné prévoit une tolérance provisoire, pas une autorisation : son contenu n’est pas public.
  • En juillet, les experts de la FDA ont voté 8 contre 6 pour le BPC-157, contre l’avis des scientifiques de l’agence.
  • En France et en Belgique, rien ne change : le BPC-157 n’est pas autorisé et il est interdit par l’Agence mondiale antidopage.

Deux réunions étaient inscrites cette semaine au registre officiel des rendez-vous de la Maison-Blanche, selon le site spécialisé Optimized. Mercredi 21 octobre à 15 h : l’American Academy of Peptide Medicine, une association de médecins qui prescrivent des peptides. Vendredi 23 octobre à 14 h : Hims & Hers, une plateforme américaine de consultation médicale en ligne, qui avait demandé ce rendez-vous. Nos confrères de Semafor avaient révélé la première réunion dès le 19 octobre.

De quel texte parle-t-on exactement ?

Il s’agit d’une « politique d’accès provisoire » aux préparations faites en pharmacie avec certains peptides (de petites chaînes d’acides aminés, les briques des protéines). Le texte a été transmis à la Maison-Blanche pour examen à la mi-octobre, selon le média médical STAT. C’est le service chargé de relire les projets de réglementation, rattaché au Bureau de la gestion et du budget, qui l’a entre les mains.

D’après deux sources citées par STAT, le principe serait simple : des pharmacies pourraient préparer temporairement certains peptides populaires, dont le BPC-157, sans être poursuivies par l’Agence américaine du médicament (FDA). On ignore la liste exacte. Le ministre américain de la Santé, Robert F. Kennedy Jr., a de son côté parlé mardi 20 octobre d’un « marché régulé », comme nous l’avons expliqué dans notre précédent article.

Même les pharmaciens concernés avancent à l’aveugle. Scott Brunner, directeur général de l’Alliance for Pharmacy Compounding, qui représente les pharmacies préparatrices, juge le texte « potentiellement important, mais nous ne savons pas encore ce que dit cette politique, ni quels peptides elle couvre » (traduit par nos soins), selon Optimized.

Tolérance ou autorisation : quelle différence ?

Elle est énorme. Une tolérance administrative (« enforcement discretion » en anglais) signifie que l’agence choisit de ne pas appliquer certaines de ses propres règles. Le produit n’est pas reconnu sûr ni efficace pour autant. Et la tolérance peut être retirée à tout moment.

Pour inscrire vraiment ces peptides sur la liste officielle des substances utilisables en pharmacie, il faudrait une procédure réglementaire complète, avec consultation publique. Cela pourrait prendre des années, souligne STAT. Une association professionnelle de centres de médecine esthétique a d’ailleurs rappelé à ses membres qu’une tolérance n’est pas une approbation et que les lois des États continuent de s’appliquer.

Le dossier divise. Dans une tribune publiée vendredi par le Tampa Free Press, Tracey Stone, infirmière praticienne en Floride, résume sa critique : « Le mécanisme n’est pas une autorisation. C’est une promesse de ne pas appliquer la loi. » (traduit par nos soins). C’est une opinion, mais elle pointe un vrai sujet : le texte contourne la procédure classique.

Que valent les preuves sur le BPC-157 ?

Elles restent très minces. Le 23 juillet, le comité d’experts extérieurs de la FDA chargé des préparations en pharmacie a voté de justesse, 8 voix contre 6 (et une abstention), en faveur du BPC-157, du KPV et du TB-500. Ce vote n’est qu’un avis. Les scientifiques de la FDA s’y opposaient : selon eux, les données manquent pour juger de la sécurité et de l’efficacité, et même l’identité chimique exacte de ces produits pose question. L’essentiel des données sur le BPC-157 vient d’études sur l’animal. Chez l’humain, il n’existe quasiment pas d’essais.

Pourquoi rester prudent ?

  • Aucun texte n’est publié : personne ne sait quels peptides seront concernés ni à quelles conditions.
  • Une tolérance n’est pas une preuve d’efficacité ni de sécurité, et elle peut être annulée.
  • Les produits vendus en ligne ont une composition incertaine et peuvent provoquer des effets graves.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Rien, si vous vivez en France ou en Belgique. Une décision américaine ne s’applique pas en Europe. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle que ces peptides vendus en ligne, dont le BPC-157, « n’ont pas été évalués par les autorités de santé et ne sont pas autorisés ». Elle signale des hospitalisations, des atteintes du foie, des infections au point d’injection et des allergies sévères. En Belgique non plus, le BPC-157 n’est pas autorisé.

Si vous faites du sport en compétition, sachez aussi que le BPC-157 figure nommément sur la liste des interdictions de l’Agence mondiale antidopage, dans la catégorie S0 (substances sans autorisation médicale). Une douleur, une blessure qui traîne ? Parlez-en à votre médecin, à votre kinésithérapeute ou à votre pharmacien plutôt qu’à un vendeur sur Internet.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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