Vous prenez un comprimé pour la tension, comme des millions de Français ? Une étude publiée ce mercredi 14 octobre dans la revue Nature s’intéresse à l’un d’eux, le losartan. Selon ses auteurs, il pourrait « réveiller » une graisse pas comme les autres : la graisse brune. Et les personnes qui en ont semblent nettement moins souvent diabétiques ou cardiaques.
Ce qu’il faut retenir
- 101 243 examens d’imagerie analysés par IA, environ 1 patient sur 11 avec de la graisse brune
- 58 % de diabète de type 2 et 47 % de maladie coronarienne en moins chez les porteurs
- Le losartan active la graisse brune dans des cellules et chez la souris, pas encore testé chez l’humain
- Étude observationnelle sur des patients suivis pour un cancer : association, pas preuve
La graisse brune, c’est quoi ?
La graisse classique, dite blanche, stocke l’énergie. La graisse brune, elle, la brûle pour produire de la chaleur. On la croyait réservée aux bébés. On sait aujourd’hui que beaucoup d’adultes en gardent un peu, surtout dans le cou, sous les clavicules ou près du cœur.
On la repère sur un examen d’imagerie appelé TEP-scanner (tomographie par émission de positons couplée au scanner), qui montre les tissus qui consomment beaucoup de sucre. Ces examens sont surtout faits pour suivre des cancers.
Qu’ont-ils découvert ?
L’équipe de l’université Rockefeller et du centre anticancéreux Memorial Sloan Kettering, à New York, a analysé avec l’aide d’une intelligence artificielle les examens de 101 243 patients réalisés entre 2009 et 2024. Environ 1 patient sur 11 avait de la graisse brune visible.
Les chercheurs ont comparé ces personnes à d’autres sans graisse brune, de même âge, même sexe, même corpulence, examinées par des températures extérieures proches. Résultats, selon l’étude :
- 58 % de risque en moins d’avoir un diabète de type 2 ;
- 47 % en moins pour une maladie chronique des artères du cœur ;
- 32 % en moins pour la dépression et 22 % en moins pour l’anxiété, un lien qui n’avait encore jamais été décrit.
Les chercheurs ont ensuite passé en revue 125 médicaments. Ceux de la famille des sartans, prescrits contre l’hypertension, étaient associés à plus de graisse brune : les patients sous losartan avaient environ 36 % de chances en plus d’en avoir. En laboratoire, le losartan a augmenté l’activité de cellules de graisse brune. Chez des souris en bonne santé, il a fait grimper la dépense d’énergie, sans changer leur poids.
Surprise : cet effet ne passerait pas par le mécanisme qui fait baisser la tension. D’où une piste, résumée par le premier auteur, Nicolás Gómez-Banoy : un futur médicament ciblant seulement ce second mécanisme permettrait, dit-il, de « stimuler la graisse brune chez des personnes qui ont une tension normale » (traduit par nos soins).
Est-ce que les experts y croient ?
Les Instituts nationaux de la santé américains, qui ont financé le travail, saluent une justification clinique « bien nécessaire » pour faire de la graisse brune une cible de traitement chez l’humain, selon Griffin Rodgers, directeur de leur institut du diabète et des maladies digestives et rénales. Mais ils le précisent eux-mêmes : il faut maintenant des essais chez l’humain.
Le chercheur principal, Paul Cohen, reste mesuré : « Ce n’est qu’un début. » Nous n’avons pas trouvé, à ce stade, de réaction publique d’un expert indépendant de l’étude.
Pourquoi rester prudent ?
- Association n’est pas preuve : on observe que les porteurs de graisse brune sont en meilleure santé, pas que la graisse brune les protège. L’inverse est possible.
- Des patients particuliers : tous étaient suivis dans un centre contre le cancer. Les examens n’étaient pas faits au froid, la méthode de référence pour mesurer cette graisse.
- Le losartan n’a pas été testé pour cela chez l’humain : l’effet sur la dépense d’énergie vient de cellules et de souris. Le travail est financé par des fonds publics américains.
Autre signal à surveiller : les porteurs de graisse brune avaient une densité osseuse des vertèbres un peu plus basse, dont l’importance reste inconnue.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Rien pour l’instant côté traitement. En France, le losartan (Cozaar et ses génériques) est un médicament sur ordonnance, indiqué notamment contre l’hypertension et l’insuffisance cardiaque, et remboursé à 65 % par l’Assurance maladie. Il figure aussi sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé. En France comme en Belgique, il ne doit ni être commencé ni être arrêté sans avis médical : ce n’est pas un produit pour maigrir.
Si vous en prenez déjà, quelques questions possibles pour votre médecin :
- Mon traitement contre la tension est-il le mieux adapté à mon diabète ou à mon risque cardiaque ?
- Faut-il surveiller mes os ?
- Quels changements de mode de vie m’aideraient le plus ?
Pour aller plus loin sur les graisses qui comptent, lisez notre article sur le tour de ventre, plus parlant que l’IMC pour l’infarctus, celui sur le pari de Roche contre la graisse du ventre, et notre guide complet des traitements GLP-1.
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Sources
- Nature, Gómez-Banoy N., Cohen P. et al., Artificial intelligence-enabled clinical phenotyping of human brown fat, 14 octobre 2026
- NIH (NIDDK), communiqué « A blood-pressure drug may activate health-promoting brown fat », 14 octobre 2026
- Rockefeller University, communiqué sur la graisse brune et le losartan, 14 octobre 2026
- News-Medical, AI study of 101,000 patients links brown fat to heart and mental health, 15 octobre 2026
- Bioengineer.org, détail des rapports de cotes de l’étude Nature, 16 octobre 2026
- Base de données publique des médicaments, Cozaar 100 mg (indications, liste I, remboursement 65 %)
- OMS, liste modèle des médicaments essentiels, losartan
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
