Aux États-Unis, des adultes avec un trouble du déficit de l’attention (TDAH) remplacent leur traitement par des peptides « pour le cerveau », comme le Semax, achetés en ligne. Le phénomène est-il arrivé en France ? Nous avons posé la question à HyperSupers – TDAH France, la principale association de patients et de familles. Sa directrice générale, Christine Gétin, répond en exclusivité à War Machine Protocol, et met en garde.
Ce qu’il faut retenir
- HyperSupers – TDAH France n’a pas encore vu ce phénomène chez ses adhérents ni sur ses réseaux
- L’association alerte sur deux risques : un produit sans aucune garantie de fabrication, et l’arrêt d’un traitement qui était suivi par un médecin
- Difficultés d’accès aux soins et effets indésirables des traitements peuvent expliquer l’attrait de ces produits, selon elle
- Le Semax n’est pas autorisé comme médicament en France ni en Belgique
- Son conseil : prendre le temps d’échanger sur son traitement avec son médecin
Un phénomène venu des États-Unis
Début octobre, une enquête de Bloomberg a raconté comment des « biohackers » américains utilisent des peptides vendus comme « produits pour la recherche » pour booster leur concentration. Parmi eux, un Californien qui dit s’être tourné vers le Semax, un peptide mis au point en Russie, après avoir arrêté l’Adderall, un stimulant prescrit contre le TDAH qu’il prenait depuis près de vingt ans. Nous avons détaillé ce que l’on sait vraiment du Semax.
Pour savoir si cette mode touche aussi les patients francophones, nous avons interrogé plusieurs associations et spécialistes du TDAH de l’adulte en France, en Belgique, en Suisse et au Québec. HyperSupers – TDAH France est la première à nous avoir répondu sur le fond.
« Nous n’avons pas entendu parler encore de ce phénomène »
Bonne nouvelle d’abord : en France, le phénomène semble encore marginal. « Nous n’avons pas entendu parler encore de ce phénomène, ni par des demandes, ni sur nos réseaux », indique Christine Gétin.
Mais l’association préfère prévenir plutôt que guérir, et détaille les risques.
Premier risque : « on ne sait pas ce qu’on avale »
Ces produits sont vendus sans aucun contrôle. Pour la directrice d’HyperSupers, « on n’a aucune garantie sur ce qu’on achète, sur le produit lui-même, en matière de pureté, de dosage, de régularité de fabrication, ni de contrôle de fabrication ». À cela s’ajoutent les effets du produit lui-même, « dont on ne sait presque rien », puisqu’il n’a pas suivi les essais exigés pour obtenir une autorisation de mise sur le marché.
Elle résume : le risque est grand « de se voir exposé à un produit sans aucune garantie sur sa fabrication », et « on ne sait pas ce qu’on avale en réalité ».
Deuxième risque : arrêter un traitement suivi par un médecin
Le danger ne vient pas seulement du produit acheté, mais aussi de ce qu’on abandonne. Une personne qui arrête son traitement de son propre chef n’est plus suivie médicalement, et ne se rend pas forcément compte des conséquences sur son quotidien, explique Christine Gétin. Or, souligne-t-elle, « le médecin dans son suivi peut voir des signes de dégradation de leur état et faire de la prévention et intervenir efficacement si nécessaire ».
Pourquoi ces produits attirent
L’association ne balaie pas les raisons qui peuvent pousser vers ces produits. « Le risque peut venir de la difficulté d’accès aux soins et des contraintes ou effets indésirables des traitements, cela peut contribuer à l’attrait de ces substances », reconnaît sa directrice.
Elle pointe aussi un manque d’information du grand public sur le rôle des règles qui encadrent les médicaments : « Je crois qu’il existe un devoir de bien informer à propos des procédures de validations des traitements médicamenteux avant leur mise en vente en pharmacie. » Ces règles, rappelle-t-elle, sont là pour protéger les patients : garantir la qualité du produit, sa sûreté, et un rapport bénéfice/risque évalué sur des bases scientifiques solides.
Le Semax, c’est quoi déjà ?
Le Semax est un peptide mis au point en Russie, où il est vendu comme médicament, surtout en gouttes nasales, notamment après un accident vasculaire cérébral. Ailleurs, il circule comme « produit pour la recherche ». Les preuves de son efficacité reposent surtout sur de petits essais russes chez des patients victimes d’AVC, pas chez des adultes avec un TDAH. Il n’est pas autorisé comme médicament en France ni en Belgique.
Ce qu’il faut garder en tête
- N’arrêtez jamais seul votre traitement du TDAH. S’il est mal toléré, d’autres options encadrées existent.
- Un « nootropique » acheté en ligne n’est pas un médicament. Personne ne contrôle ce que contiennent les flacons.
- Le bon réflexe, selon HyperSupers : « bien prendre le temps d’échanger sur le traitement avec son médecin ».
Pour trouver de l’aide ou des informations fiables sur le TDAH, l’association HyperSupers – TDAH France propose des ressources sur tdah-france.fr.
Sources
- Réponses écrites de Christine Gétin, directrice générale d’HyperSupers – TDAH France, à War Machine Protocol (15 octobre 2026)
- War Machine Protocol : « Semax, le peptide russe des biohackers pour le cerveau : ce que l’on sait vraiment » (9 octobre 2026, d’après Bloomberg)
Cet article est fourni à titre d’information. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin.
