Votre cancer de la prostate a été opéré ou irradié. Quelques années plus tard, le PSA (la protéine mesurée dans la prise de sang de suivi) remonte, et un examen montre deux ou trois petits foyers. C’est une récidive. Une équipe américaine propose d’ajouter un « missile » radioactif au traitement habituel.
Ce qu’il faut retenir
- 92 hommes avec une récidive limitée (1 à 5 foyers) d’un cancer de la prostate.
- Avec le peptide radioactif + radiothérapie : 62 % de risque d’aggravation en moins.
- À 2 ans, 33 % sans maladie détectable, contre 12 % avec la radiothérapie seule.
- Traitement expérimental, non autorisé ; essai de phase 2 financé par Lantheus.
Qu’ont-ils découvert ?
Les médecins de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) ont suivi 92 hommes. Tous avaient une récidive limitée : de 1 à 5 foyers visibles. Leur cancer était encore sensible aux hormones, c’est-à-dire qu’il répondait encore aux traitements qui bloquent la testostérone.
Ces hommes ont été répartis au hasard en deux groupes. Le premier a reçu uniquement une radiothérapie stéréotaxique. C’est une irradiation très précise, à forte dose, de chaque foyer visible. Le second a reçu d’abord deux perfusions d’un produit radioactif, le 177Lu-PNT2002, à environ huit semaines d’intervalle, puis la même radiothérapie.
Après un suivi médian de 31,9 mois, les résultats sont nets :
- 62 % de risque en moins que la maladie s’aggrave ou qu’il faille ajouter un traitement hormonal, avec la combinaison.
- À 2 ans, 33 % des hommes n’avaient plus de maladie détectable avec la combinaison, contre 12 % avec la radiothérapie seule.
- Le recours à un traitement hormonal a été repoussé : 24,3 mois contre 14,1 mois.
- Seuls 3 hommes ont vu apparaître plus de cinq nouveaux foyers avec la combinaison, contre 9 sans.
Les résultats sont publiés dans la revue European Urology et ont été annoncés lundi 12 octobre par UCLA Health. Une première analyse, parue fin 2025 dans le Journal of Clinical Oncology, montrait déjà 17,6 mois sans aggravation contre 7,4 mois.
Comment fonctionne ce « missile » radioactif ?
La plupart des cellules du cancer de la prostate portent à leur surface un « drapeau », une protéine appelée PSMA (pour « antigène membranaire spécifique de la prostate »).
Le 177Lu-PNT2002 est un radioligand, c’est-à-dire une molécule « porteuse » de radioactivité. Sa partie à base à base de peptide (un enchaînement de quelques acides aminés, les briques des protéines) reconnaît ce drapeau PSMA et s’y accroche. Elle transporte un atome radioactif, le lutétium-177. Une fois fixé, celui-ci irradie la cellule cancéreuse de très près.
Le produit circule dans tout le sang. Il peut donc atteindre des cellules cancéreuses trop petites pour être vues à l’imagerie. La radiothérapie, elle, ne traite que ce qui est visible.
« Nos premiers résultats montraient que l’ajout du 177Lu-PNT2002 pouvait retarder de façon significative la progression et le recours à l’hormonothérapie », rappelle le Dr Amar Kishan, radiothérapeute à UCLA et premier auteur de l’étude (traduit par nos soins). Il ajoute : « Nous pourrions être capables de traiter des cellules cancéreuses présentes ailleurs dans le corps mais trop petites pour être détectées. »
Côté tolérance, l’équipe ne rapporte pas de nouveau signal d’alerte avec ce suivi plus long. Les effets indésirables graves liés au traitement restent rares, selon le communiqué, qui ne donne pas de chiffres précis.
Pourquoi rester prudent ?
- C’est un essai de phase 2 sur 92 hommes : prometteur, mais trop petit pour conclure. Une grande étude de phase 3 reste nécessaire.
- Plusieurs résultats (cancers devenus résistants aux hormones, maladie très étendue) sont des analyses exploratoires, sur peu de cas. Les auteurs eux-mêmes demandent une confirmation.
- L’étude est financée par le laboratoire Lantheus, qui développe le produit.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Pour l’instant, rien de concret : le 177Lu-PNT2002 est un traitement expérimental. Il n’est autorisé ni en France, ni en Belgique, ni ailleurs dans l’Union européenne.
Le principe, en revanche, existe déjà. En France, un produit de la même famille, le Pluvicto (lutétium-177 vipivotide tétraxétan, du laboratoire Novartis), cible lui aussi la PSMA. Il est réservé aux cancers de la prostate métastatiques devenus résistants à l’hormonothérapie, déjà traités par chimiothérapie. La Haute Autorité de santé a donné en 2023 un avis favorable à sa prise en charge à l’hôpital. L’enjeu de l’essai LUNAR est d’utiliser cette arme beaucoup plus tôt.
Le cancer de la prostate est le premier cancer de l’homme en France, avec près de 60 000 nouveaux cas par an selon l’Institut national du cancer.
Si vous êtes dans cette situation, quelques questions à poser à votre urologue ou à votre oncologue :
- Ma récidive est-elle « limitée » (quelques foyers) ? A-t-on fait un TEP-scanner à la PSMA, l’examen qui repère ces foyers ?
- Existe-t-il un essai clinique sur les radioligands auquel je pourrais participer ?
- Quels sont les avantages et les risques d’une radiothérapie ciblée dans mon cas ?
Pour comprendre la place grandissante des peptides en cancérologie, lisez aussi notre article sur le peptide radioactif RYZ101, qui a réussi son essai de phase 3, celui sur le PSV359, une autre « tête chercheuse » radioactive, et notre rubrique peptides.
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Sources
- UCLA Health, « Targeted radioactive therapy may help delay spread of recurrent prostate cancer », communiqué du 12 octobre 2026 (source primaire)
- Kishan A. et al., analyse actualisée de l’essai LUNAR, European Urology, 2026, DOI 10.1016/j.eururo.2026.09.005
- CURE, « Radioligand Plus Radiation Delays Prostate Cancer Progression to 17.6 Months », 13 octobre 2026
- OncoDaily, réaction du Pr Michael Steinberg (UCLA), 13 octobre 2026
- Haute Autorité de santé, Commission de la transparence, avis Pluvicto (lutécium 177Lu vipivotide tétraxétan), avril 2023
- Institut national du cancer, Panorama des cancers en France 2024
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
