RYZ101 : un peptide radioactif réussit son essai de phase 3 contre les tumeurs neuroendocrines

Bristol Myers Squibb annonce que RYZ101, un peptide qui porte un atome radioactif émetteur alpha, a ralenti la progression de tumeurs neuroendocrines digestives dans un essai de phase 3. Aucun chiffre n'est encore publié, et rien n'est annoncé en Europe.

Santé et consultation médicale

C’est une première pour une nouvelle génération de traitements contre le cancer. Ce lundi 12 octobre, le laboratoire américain Bristol Myers Squibb (BMS) a annoncé que RYZ101, un peptide radioactif qui « livre » des particules alpha directement aux cellules tumorales, a réussi son grand essai de phase 3 chez des patients atteints de tumeurs neuroendocrines digestives qui progressaient malgré le traitement de référence.

Ce qu’il faut retenir

  • RYZ101 associe un peptide qui cible les tumeurs neuroendocrines et un atome radioactif, l’actinium-225
  • L’essai de phase 3 ACTION-1 atteint son objectif : la maladie progresse moins vite qu’avec les traitements habituels
  • Aucun chiffre n’est encore publié : les résultats détaillés seront présentés lors d’un congrès médical
  • Pas de demande d’autorisation annoncée en Europe : le traitement n’est pas disponible en France ni en Belgique en dehors des essais

De quoi parle-t-on ?

Les tumeurs neuroendocrines gastro-entéro-pancréatiques (on parle de « GEP-NETs ») naissent dans l’intestin, l’estomac ou le pancréas. Ce sont des cancers rares, souvent découverts tard : selon BMS, des métastases sont déjà présentes au moment du diagnostic dans la grande majorité des cas. Aux États-Unis, environ 18 000 personnes en reçoivent le diagnostic chaque année.

Ces tumeurs ont une particularité : 80 à 90 % d’entre elles portent à leur surface des récepteurs à la somatostatine (SSTR2), une hormone naturelle. C’est cette « serrure » que visent les traitements dits de radiothérapie interne vectorisée.

Comment agit RYZ101 ?

RYZ101 est composé de deux éléments. D’un côté, le DOTATATE : une petite molécule de la famille des peptides, qui imite la somatostatine et va s’accrocher aux récepteurs présents sur les cellules tumorales. De l’autre, un atome radioactif, l’actinium-225.

Une fois fixé à la tumeur, l’actinium-225 émet des particules alpha. Selon BMS, ces particules très énergétiques mais de très courte portée peuvent casser les deux brins de l’ADN des cellules cancéreuses, tout en limitant l’irradiation des tissus voisins.

Le principe n’est pas nouveau en soi : un traitement très proche, le Lutathera, associe le même type de peptide à un autre atome radioactif, le lutétium-177, qui émet des particules bêta. Il est autorisé dans l’Union européenne depuis 2017 pour ces tumeurs. RYZ101 change le « projectile » : des particules alpha, plus puissantes.

Pour quels patients ?

L’essai visait des adultes dont la tumeur neuroendocrine digestive exprime ces récepteurs, et dont la maladie avait progressé après un traitement au lutétium-177. Une situation fréquente, comme le rappelle le Dr Simron Singh, oncologue à l’université de Toronto et investigateur principal de l’essai : « Le traitement au lutétium-177 est largement utilisé dans ces tumeurs, mais malheureusement, la grande majorité des patients finissent par progresser » (traduit par nos soins).

Que montre l’essai ACTION-1 ?

ACTION-1 est un essai de phase 3, la dernière étape avant une demande d’autorisation. Les patients ont été répartis par tirage au sort entre RYZ101 et un traitement choisi par leur médecin parmi les options habituelles : analogues de la somatostatine à forte dose, évérolimus ou sunitinib.

Le critère principal était la survie sans progression, c’est-à-dire le temps pendant lequel la maladie n’avance pas, évalué par un comité indépendant qui ne savait pas quel traitement chaque patient recevait. Lors d’une analyse intermédiaire prévue à l’avance, RYZ101 a apporté selon BMS une amélioration « statistiquement significative et cliniquement pertinente » de ce critère.

Côté tolérance, le laboratoire indique un profil « cohérent » avec ce que l’on savait déjà. Dans un essai plus précoce mené chez 17 patients déjà traités au lutétium-177, le traitement avait été bien toléré, sans effet indésirable grave lié au produit.

« ACTION-1 fournit les premiers résultats de phase 3 pour une radiothérapie ciblée à base de particules alpha », souligne le Dr Singh (traduit par nos soins).

Ce qu’il faut garder en tête

  • Aucun chiffre pour l’instant. Le communiqué ne donne ni la durée de survie sans progression, ni l’ampleur du gain. Impossible de mesurer le bénéfice réel avant la présentation complète en congrès.
  • Une analyse intermédiaire. Les patients continuent d’être suivis, notamment pour savoir si le traitement allonge la survie globale, ce qui n’est pas encore connu.
  • Une annonce de l’industriel. Il s’agit d’un communiqué de BMS, pas encore d’une publication relue par d’autres chercheurs.

Quand en France et en Belgique ?

Pas tout de suite. La FDA américaine a accordé à RYZ101 le statut de médicament orphelin en août 2026, et la directrice médicale de RayzeBio, la filiale de BMS qui développe le produit, assure que l’entreprise va présenter ces données à la FDA au plus vite, en vue d’une demande d’autorisation. Aucune démarche n’est annoncée à ce stade auprès de l’Agence européenne des médicaments (EMA).

En pratique, RYZ101 n’est donc pas disponible en France ni en Belgique en dehors des essais cliniques. Si vous ou un proche êtes concernés, le bon interlocuteur reste l’oncologue ou le centre spécialisé qui vous suit, qui pourra vous dire si un essai est ouvert près de chez vous.

RYZ101 est aussi testé, à un stade plus précoce, dans certains cancers du sein métastatiques.

Sources

Cet article est fourni à titre d’information. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin.

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