Vous avez plus de 65 ans, un « foie gras » repéré à l’échographie, et votre médecin vous parle d’Ozempic ou de Mounjaro pour le diabète ou le poids ? Une vaste étude américaine, mise en avant ce mardi 13 octobre par l’hôpital Houston Methodist, apporte un élément nouveau : chez près de 88 000 seniors, ceux qui avaient commencé un de ces traitements sont moins souvent morts pendant le suivi. Une association frappante, mais qui ne prouve pas encore que le médicament en est la cause.
Ce qu’il faut retenir
- 43 930 seniors traités par GLP-1 comparés à 43 930 non traités, âge moyen 71,8 ans
- 45 % de risque de décès en moins, 28 % de complications graves du foie en moins
- Pas moins d’infarctus ni d’AVC ; plus d’ostéoporose et d’atteintes de la rétine
- Étude rétrospective : association, pas preuve de cause à effet
Qu’ont-ils découvert ?
Les chercheurs se sont intéressés à la stéatose hépatique liée au métabolisme, le nom médical du « foie gras » qui accompagne souvent le surpoids, le diabète ou l’hypertension. C’est la première maladie chronique du foie chez les personnes âgées.
L’équipe a puisé dans les dossiers médicaux anonymisés de 69 établissements de santé américains (réseau TriNetX). Elle a comparé 43 930 personnes de 65 ans et plus qui avaient démarré un médicament de la famille des GLP-1 (sémaglutide d’Ozempic et Wegovy, tirzépatide de Mounjaro…) à 43 930 personnes semblables (âge, maladies, traitements, analyses) qui n’en prenaient pas. L’âge moyen était de 71,8 ans, et 62 % étaient des femmes. Le suivi allait jusqu’à dix ans.
Résultats, publiés dans la revue Age and Ageing :
- 45 % de risque de décès en moins, toutes causes confondues, chez les personnes traitées ;
- 28 % de risque en moins de « décompensation hépatique », c’est-à-dire le moment où le foie malade ne suit plus (liquide dans le ventre, saignements digestifs, confusion…), une complication grave des maladies du foie avancées ;
- un peu moins d’hospitalisations (environ 5 % de risque en moins).
Mais tout n’est pas positif. Les chercheurs n’ont vu aucune baisse des infarctus ni des AVC. Et deux diagnostics étaient plus fréquents chez les personnes traitées : l’ostéoporose (os fragiles, ici sans fracture) et la rétinopathie, une atteinte de la rétine de l’œil. En revanche, ils n’ont pas trouvé plus de pancréatites, de fonte musculaire ou de fractures.
Que disent les chercheurs ?
« Il est important de noter que ces résultats ont été observés chez des personnes âgées », souligne le Pr Eleftherios Mylonakis, chef du département de médecine de Houston Methodist, qui a dirigé l’étude (propos traduits par nos soins). Les seniors sont souvent peu nombreux dans les grands essais. Il précise toutefois que ces résultats ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet.
Le premier auteur, le Dr Tilemachos Koutouratsas, va dans le même sens : « Des essais randomisés chez les personnes âgées pourraient être nécessaires pour confirmer ces résultats. »
Ces chiffres rejoignent d’autres travaux. En 2025, une étude de Scientific Reports menée sur la même base de données, chez 12 486 adultes de tous âges atteints de foie gras, associait déjà les GLP-1 à moins de complications du foie et à une mortalité plus faible. Et dans la stéatose avancée avec fibrose, un essai de phase 3 avec le sémaglutide (la molécule de Wegovy) a fait disparaître l’inflammation du foie chez 62,9 % des patients, contre 34,3 % sous placebo, d’après une revue publiée en mars 2026.
Pourquoi rester prudent ?
- Association n’est pas preuve. C’est une étude rétrospective, c’est-à-dire qu’on relit des dossiers après coup. Les personnes traitées sont peut-être mieux suivies ou en meilleure forme au départ.
- Une grande taille, mais des données imparfaites. Près de 88 000 personnes, c’est beaucoup, mais le foie gras est repéré par des codes de facturation, sans biopsie ni imagerie systématique.
- Qui finance ? Le communiqué et le résumé de l’étude ne précisent pas le financement. L’étude vient d’une équipe hospitalière, pas d’un laboratoire.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Rien du jour au lendemain : cette étude ne justifie ni de commencer, ni d’arrêter un traitement seul. En France, Ozempic est remboursé dans le diabète de type 2. Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % dans l’obésité depuis le 15 juin 2026, sous conditions strictes (indice de masse corporelle d’au moins 40, ou 35 avec une maladie liée au poids). En Belgique, Mounjaro n’est remboursé que pour certains diabètes de type 2 mal équilibrés. Aucun de ces produits n’est remboursé en France ou en Belgique pour le seul foie gras.
Si vous avez plus de 65 ans et un foie gras, quelques questions à poser à votre médecin ou à votre hépatologue :
- Mon foie gras est-il simple, ou y a-t-il déjà de la fibrose (un foie qui durcit) ?
- Un médicament de la famille des GLP-1 a-t-il du sens dans mon cas, compte tenu de mon diabète ou de mon poids ?
- Faut-il surveiller mes os (densitométrie) et mes yeux (fond d’œil) si je suis traité ?
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Sources
- Houston Methodist (communiqué via Newswise, 13 octobre 2026) – GLP-1 Treatment Linked to Lower Risk of Hospitalization and Death in Older Adults with Fatty Liver Disease
- Koutouratsas T. et al., GLP-1-based treatments and long-term clinical outcomes in MASLD amongst older adults: a retrospective cohort study, Age and Ageing 2026;55(9):afag281
- Medical Xpress (relais du communiqué, octobre 2026)
- Scientific Reports, 10 février 2025 – Glucagon-like peptide-1 receptor agonists improve MASLD outcomes (TriNetX, 12 486 patients)
- Chronic Diseases and Translational Medicine, 24 mars 2026 – GLP-1 Receptor Agonists in MASLD: Bridging Hepatic and Cardiovascular Outcomes (revue)
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
