Yeux secs : un peptide « réparateur » testé chez 250 patients, ce que l’on sait vraiment

Ce vendredi 9 octobre, Stuart Therapeutics a annoncé tester son collyre au peptide ST-100, déjà donné à plus de 250 patients aux yeux secs, sur les plaies de la cornée. Un traitement expérimental, non autorisé, dont le dernier gros essai a manqué son objectif.

Soin de la peau

Vous avez les yeux qui brûlent devant l’écran, l’impression d’avoir du sable sous les paupières ? Ce vendredi 9 octobre 2026, la société américaine Stuart Therapeutics a annoncé vouloir tester son collyre expérimental ST-100 (nom scientifique : vézocolmitide) non plus seulement contre la sécheresse oculaire, mais aussi sur les plaies de la cornée, la vitre transparente à l’avant de l’œil. Ce collyre contient un peptide, une petite chaîne d’acides aminés, conçu pour « réparer » le collagène abîmé de l’œil.

Ce qu’il faut retenir

  • Le collyre expérimental ST-100 contient un peptide conçu pour réparer le collagène abîmé de l’œil.
  • Plus de 250 patients aux yeux secs l’ont reçu, mais le premier essai de phase 3 a manqué son objectif principal.
  • Plaies de la cornée : aucun résultat humain, essai de phase 2 prévu fin 2027.
  • Non autorisé en France ni en Belgique : les larmes artificielles restent le traitement de base.

Qu’est-ce qu’un peptide « mimétique du collagène » ?

Le collagène est une protéine qui sert de charpente à nos tissus. Il forme une sorte de corde torsadée, en hélice. Dans l’œil sec ou blessé, des enzymes (des protéines qui découpent d’autres molécules) abîment cette corde par endroits.

Un peptide mimétique du collagène est une petite chaîne fabriquée en laboratoire qui imite un morceau de collagène sain. Selon l’entreprise, il est conçu pour se glisser dans les zones abîmées et rétablir la structure. Ce n’est pas du collagène en complément alimentaire : ici, le peptide est appliqué en gouttes directement sur l’œil, dans le cadre d’essais encadrés. Sur le collagène que l’on avale, lisez notre dossier collagène et articulations : est-ce efficace ?

Que montre vraiment ce collyre sur les yeux secs ?

Selon le communiqué, plus de 250 patients ont reçu ST-100 dans un essai de phase 2 et un premier essai de phase 3, avec une amélioration des taches visibles à la surface de l’œil et des symptômes face à un collyre sans principe actif, parfois dès le 2e jour. Ces chiffres viennent des données internes de l’entreprise.

Le détail est plus nuancé. L’essai de phase 2, mené sur 160 patients en 2021, avait atteint son objectif principal avec la dose la plus forte, d’après un communiqué de janvier 2022. Mais en juin 2025, l’entreprise a reconnu que le premier essai de phase 3, sur 29 jours, n’avait pas atteint son objectif principal : la hausse de la production de larmes n’était pas significative face au placebo. Seuls des critères secondaires, comme l’état de la surface de l’œil, se sont améliorés. Aucun de ces résultats n’a été publié dans une revue scientifique relue par des experts.

Un nouvel essai de phase 3, la dernière étape avant une demande d’autorisation, est prévu début 2027. Pour les plaies de la cornée (après un choc, une chirurgie, un ulcère ou une brûlure chimique), il n’existe encore aucun résultat chez l’humain : un premier essai pilote a été soumis à l’Agence américaine du médicament, et un essai de phase 2 est prévu au second semestre 2027.

« Nos options actuelles soutiennent l’œil pendant qu’il guérit tout seul, mais rien ne s’attaque à la structure hélicoïdale abîmée du collagène qui est à l’origine de ces problèmes », estime le Dr Eric Donnenfeld, ophtalmologiste et professeur à l’université de New York, cité dans le communiqué (traduit par nos soins).

Le communiqué ne précise pas s’il a un lien financier avec l’entreprise. Le PDG, Eric Schlumpf, affirme de son côté : « Nous pensons que ST-100 est capable de réparer le collagène hélicoïdal de l’œil abîmé par un traumatisme, une chirurgie ou une brûlure chimique ».

Pourquoi rester prudent ?

  • Toutes les données viennent de l’entreprise elle-même, une société privée qui a intérêt à rassurer ses investisseurs.
  • Le premier essai de phase 3 a manqué son objectif principal, et rien n’est publié dans une revue scientifique.
  • Sur les plaies de la cornée, l’idée repose sur un mécanisme supposé : aucun patient n’a encore été traité.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Pour l’instant, rien. ST-100 est un médicament expérimental, autorisé nulle part, ni aux États-Unis, ni en France, ni en Belgique. Il ne peut pas être acheté et ne le sera pas avant plusieurs années, au mieux.

La sécheresse oculaire est pourtant très courante. Selon l’Assurance maladie, c’est un trouble fréquent, en particulier après 60 ans. L’âge, la ménopause, les écrans, l’air climatisé ou les lentilles de contact aggravent le problème. Le traitement de base repose sur les larmes artificielles, à utiliser à la demande, de préférence sans conservateur pour limiter les irritations.

Si vos yeux restent secs, rouges ou douloureux malgré ces gouttes, parlez-en à votre pharmacien ou consultez un ophtalmologiste : il recherchera la cause, parfois un médicament que vous prenez. Une douleur vive ou une blessure de l’œil impose de consulter sans attendre. Pour comprendre ce que sont les peptides et ceux qui sont réellement autorisés, consultez notre guide des peptides.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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