Vous êtes diabétique et vous avez vu passer, sur les réseaux, des vidéos qui vantent le MOTS-c comme un peptide « anti-âge » ou « brûle-graisse » ? Une étude publiée ce samedi 10 octobre lui prête un nouvel effet : protéger les tout petits vaisseaux de l’œil. Mais elle a été menée sur des cellules en laboratoire et sur des souris. Pas sur des humains.
Ce qu’il faut retenir
- Étude parue le 10 octobre 2026 dans Cell Death Discovery, menée par l’hôpital Drum Tower de Nankin (Chine).
- Le MOTS-c a rendu les vaisseaux de la rétine moins poreux, sur cellules humaines en culture et chez la souris diabétique.
- Aucun essai chez l’humain sur les yeux : le peptide n’est pas autorisé comme médicament et il est interdit par l’Agence mondiale antidopage.
- Le vrai réflexe reste le fond d’œil au moins une fois par an si vous êtes diabétique.
De quoi parle-t-on ?
Le MOTS-c est un petit peptide, c’est-à-dire une courte chaîne de 16 acides aminés, les briques des protéines. Il a une particularité : il est fabriqué par nos mitochondries, les « centrales énergétiques » de nos cellules. Il a été décrit en 2015 par l’équipe de Pinchas Cohen dans la revue Cell Metabolism. Chez la souris, il limitait la prise de poids et la résistance à l’insuline sous régime gras. D’où sa popularité chez les biohackers. Notre fiche MOTS-c fait le point.
La maladie visée ici est la rétinopathie diabétique. Le sucre en excès abîme les minuscules vaisseaux de la rétine, la membrane du fond de l’œil qui capte les images. En France, c’est la première cause de cécité avant 65 ans, selon la Fédération française des diabétiques. Elle touche la moitié des diabétiques de type 2. Et elle s’installe souvent sans aucun signe : on peut en être atteint avec une bonne vue.
Qu’ont découvert les chercheurs ?
L’équipe d’ophtalmologie de l’hôpital Drum Tower, rattaché à l’université de Nankin, en Chine, a d’abord observé que le MOTS-c se trouve surtout dans les cellules qui tapissent l’intérieur des vaisseaux de la rétine. Quand le taux de sucre monte, sa quantité baisse.
Les chercheurs ont ensuite testé un apport de MOTS-c dans deux situations. D’abord sur des cellules humaines de vaisseaux de la rétine, cultivées en laboratoire et exposées à beaucoup de sucre. Puis sur des souris rendues diabétiques par un produit chimique toxique pour le pancréas. Dans les deux cas, le peptide a renforcé l’étanchéité de la paroi des vaisseaux et amélioré le fonctionnement des mitochondries.
Le mécanisme passerait par une enzyme, PLA2G6 (l’endothélium, c’est cette paroi interne des vaisseaux). Elle aide la cellule à éliminer des graisses abîmées par l’oxydation, une forme de « rouille » cellulaire. Quand les chercheurs ont bloqué cette enzyme, la protection disparaissait.
« Dans l’ensemble, nos résultats ont mis en évidence un rôle nouveau du dérèglement de MOTS-c dans les dommages de l’endothélium vasculaire au cours de la rétinopathie diabétique, et montré que l’apport de MOTS-c était une approche thérapeutique potentielle pour réguler l’équilibre des phospholipides et protéger la barrière endothéliale via PLA2G6 contre la rétinopathie diabétique. »
C’est ce qu’écrivent Zhenggao Xie, Genhong Yao et leurs collègues dans Cell Death Discovery (traduit par nos soins). « Potentielle » : c’est une piste, pas un traitement.
Pourquoi rester prudent ?
- Qui finance ? Des fonds publics chinois : programme de recherche du Jiangsu, fondation chinoise pour les postdoctorants, université de Nankin. Les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêts.
- Animal ou humain ? Uniquement des cellules en culture et des souris. Un diabète provoqué chimiquement chez l’animal ne reproduit pas des années de diabète chez l’humain.
- Quelle solidité ? Il s’agit d’une version en accès anticipé, encore susceptible d’être corrigée. Le nombre d’animaux n’apparaît pas dans le résumé. Aucun patient n’a été traité.
Côté humain, le premier vrai essai contre placebo a démarré au printemps chez des adultes prédiabétiques. Il porte sur le sucre, pas sur les yeux. Nous l’avons présenté dans notre article sur le premier essai chez l’humain. Aucun résultat n’est encore disponible.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Pour l’instant, rien dans votre traitement. Le MOTS-c n’est autorisé comme médicament ni en France ni en Belgique. Les produits vendus en ligne « pour la recherche » ne sont pas contrôlés : contenu et pureté inconnus. Le peptide figure aussi nommément sur la liste des produits interdits en permanence par l’Agence mondiale antidopage, parmi les modulateurs du métabolisme. En compétition, un contrôle positif peut coûter une suspension. Le point sur cette liste est dans notre article sur l’antidopage en 2027.
Ce qui protège vraiment vos yeux aujourd’hui, c’est le dépistage. La Fédération française des diabétiques recommande un contrôle au moins une fois par an. L’examen consiste à regarder le fond de l’œil, chez l’ophtalmologue ou grâce à une photo prise sans dilater la pupille. Les traitements existants, notamment le laser, freinent la maladie quand elle est repérée tôt.
Les bonnes questions à poser à votre médecin : à quand remonte mon dernier fond d’œil ? Mon équilibre du sucre et ma tension protègent-ils assez mes yeux ? Faut-il me revoir plus souvent ?
👥 Vous êtes sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro ?
Rejoignez notre groupe Facebook d’entraide France & Belgique : questions, expériences, actus vérifiées, sans pub pour des médicaments.
Sources
- Liao Y, Xiang J et al., « Mitochondrial-derived peptide MOTS-c rescues vascular endothelial damage via PLA2G6 in diabetic retinopathy », Cell Death Discovery, 10 octobre 2026
- Lee C et al. (Cohen P), « The mitochondrial-derived peptide MOTS-c promotes metabolic homeostasis and reduces obesity and insulin resistance », Cell Metabolism, 2015 (PubMed 25738459)
- USADA, « What is MOTS-c peptide? » (liste des interdictions de l’Agence mondiale antidopage, section S4.4)
- USADA, nouvelle liste des interdictions 2025 de l’Agence mondiale antidopage (MOTS-c cité nommément)
- Fédération française des diabétiques, « La rétinopathie diabétique »
- Inserm, dossier « Diabète de type 2 »
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
