BPC-157 et risque de cancer : la controverse scientifique qui reste ouverte

Le BPC-157 stimule la formation de vaisseaux sanguins chez l'animal. Une propriété utile pour cicatriser, mais qui inquiète des pharmacologues : les tumeurs aussi ont besoin de vaisseaux. Retour sur un échange scientifique tendu.

Sport et musculation

C’est l’un des arguments les plus souvent avancés en faveur du BPC-157 : chez le rat, il favoriserait la formation de nouveaux vaisseaux sanguins dans les tendons, les ligaments ou les muscles lésés. C’est aussi ce qui inquiète une partie de la communauté scientifique. Car l’angiogenèse, la croissance de nouveaux vaisseaux, est également un moteur de la progression tumorale. Alors qu’un comité de la FDA a recommandé fin juillet d’ouvrir le BPC-157 aux pharmacies de préparation américaines, une controverse publiée en septembre 2025 dans la revue Pharmaceuticals reste plus que jamais d’actualité.

Ce qu’il faut retenir

  • Des chercheurs polonais jugent le signal pro-angiogénique « un danger plausible de promotion tumorale ».
  • L’équipe de Predrag Sikirić soutient que le peptide régule l’angiogenèse plutôt qu’il ne l’emballe.
  • Les études reposent surtout sur une dose unique, sans données d’exposition répétée ou prolongée.
  • La FDA avait cité un possible risque d’accélération de cancers parmi ses préoccupations.
  • L’agence australienne Sport Integrity Australia exprime la même crainte pour la thymosine bêta-4.

L’alerte des pharmacologues polonais

Tout part d’une revue de la littérature et des brevets publiée début 2025 par une équipe polonaise menée par M. Józwiak et P. Kleczkowska (Académie médicale Maria Skłodowska-Curie de Varsovie, université médicale de Gdańsk, Institut national des médicaments de Varsovie). Après une réponse critique de l’équipe de Zagreb, les auteurs polonais ont publié le 28 septembre 2025 une réplique argumentée.

Leur constat principal : malgré les assurances de sécurité, les propres données du groupe de Predrag Sikirić montrent une activation de voies angiogéniques. « La signalisation pro-angiogénique reste un danger plausible de promotion tumorale », écrivent-ils, en notant qu’« aucune donnée publiée in vivo ne démontre que le BPC-157 inhibe la progression tumorale ».

Ils pointent un second angle mort : la plupart des expériences utilisent une seule dose. Il n’existe, selon eux, « aucune information cruciale sur ce qui se passe lors d’expositions plus élevées, répétées ou prolongées », c’est-à-dire précisément les conditions d’usage hors cadre médical. Les auteurs rappellent enfin que plus de 80 % des publications indexées sous « BPC 157 » sont liées au groupe de Zagreb : « Le recours massif à l’auto-réplication restreint inévitablement la généralisation et augmente le risque de biais de confirmation. »

La défense de l’équipe de Zagreb

Dans leur commentaire, publié le même jour dans la même revue, Predrag Sikirić, Sven Seiwerth et quatorze coauteurs contestent cette lecture. Selon eux, le BPC-157 n’est pas un agent pro-angiogénique classique : il « s’oppose » à la néovascularisation pathologique. Ils citent des modèles de lésion de la cornée où le peptide ne provoquerait pas de néovascularisation, des travaux sur des cellules de mélanome où il inhiberait la signalisation du VEGF, et une étude chez la souris porteuse d’un adénocarcinome du côlon où il aurait contré la cachexie tumorale.

Sur la toxicité, l’équipe met en avant un test limite négatif chez la souris à très haute dose, sans dose létale atteinte. Ces arguments restent toutefois issus de modèles animaux et cellulaires, majoritairement produits par le même laboratoire.

Une inquiétude partagée par les autorités

La question n’est pas qu’académique. Lorsque la FDA a classé le BPC-157 parmi les substances à risque pour les préparations magistrales, elle évoquait notamment, selon STAT, de possibles réactions immunitaires, des impuretés, des données de sécurité incomplètes et le risque théorique d’une accélération de cancers lié à la croissance de nouveaux vaisseaux.

Le TB-500, dérivé synthétique de la thymosine bêta-4, souvent associé au BPC-157 dans les discours sur la « récupération », suscite la même méfiance. Sport Integrity Australia, l’agence australienne d’intégrité sportive, indique qu’il existe « une inquiétude sérieuse quant au fait qu’il augmente la propagation et la croissance des cellules cancéreuses », et rappelle que la thymosine bêta-4 n’est approuvée pour un usage humain nulle part dans le monde.

Ce que l’on ne sait pas

Aucune des deux parties ne dispose de ce qui permettrait de trancher : des études de toxicologie à long terme menées de façon indépendante, et des essais cliniques contrôlés assortis d’un suivi prolongé. Les rares données humaines publiées portent sur quelques dizaines de personnes au total, sans groupe contrôle. Le risque de cancer n’est donc ni démontré ni exclu : il n’a tout simplement pas été étudié chez l’humain.

Ce qu’il faut retenir

  • L’effet pro-angiogénique du BPC-157, observé chez l’animal, fait craindre un risque théorique de promotion tumorale.
  • L’équipe de Zagreb affirme que le peptide régule l’angiogenèse, sur la base de données animales et cellulaires.
  • Aucune étude indépendante à long terme n’existe ; les expositions répétées n’ont pas été évaluées.
  • Statut : BPC-157 et TB-500 ne sont autorisés comme médicaments ni en Europe ni aux États-Unis, et figurent sur la liste des interdictions de l’AMA.

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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