Ozempic, Mounjaro : 42 maladies en recul, 19 risques en hausse, ce que dit la plus grande étude

Plus de 2 millions de dossiers médicaux, 175 problèmes de santé passés au crible : les GLP-1 sont associés à moins d'infarctus, d'Alzheimer ou d'addictions, mais à plus de calculs rénaux et de pancréatites. Ce que montre vraiment cette étude, et ses limites.

Santé et consultation médicale

Moins d’infarctus, moins d’Alzheimer, moins d’addictions… mais plus de calculs rénaux et de pancréatites. C’est le bilan de la plus grande étude jamais menée sur les effets des traitements GLP-1, la famille d’Ozempic, Wegovy et Mounjaro. Publiée en janvier 2025 dans la revue Nature Medicine, elle refait surface régulièrement, notamment dans le magazine américain Fortune. Voici ce qu’elle montre vraiment, et ce qu’elle ne montre pas.

Ce qu’il faut retenir

  • Plus de 2 millions de dossiers médicaux de vétérans américains diabétiques, dont environ 216 000 ont commencé un GLP-1
  • 175 problèmes de santé passés au crible : le risque baisse pour 42 d’entre eux et augmente pour 19
  • Pour la plupart des maladies, la baisse du risque est modeste : de l’ordre de 10 à 20 %
  • C’est une étude d’observation : elle montre des liens, pas une preuve que le médicament en est la cause
  • Les patients étaient surtout des hommes âgés et diabétiques : les résultats ne s’appliquent pas tels quels à tout le monde

Qu’a fait cette étude ?

Les chercheurs de l’université Washington à Saint-Louis et du système de santé des anciens combattants américains (VA) ont épluché les dossiers médicaux de plus de 2 millions de personnes traitées pour un diabète de type 2 entre octobre 2017 et décembre 2023.

Environ 216 000 d’entre elles avaient commencé un traitement GLP-1, comme le sémaglutide (la molécule d’Ozempic et Wegovy). Les autres prenaient d’autres antidiabétiques. Les chercheurs ont comparé les deux groupes sur 175 problèmes de santé, du cœur au cerveau en passant par les reins et le tube digestif. Les patients ont été suivis en moyenne environ trois ans et demi, selon Fortune.

Quelles maladies semblent reculer ?

Par rapport aux personnes qui gardaient leur traitement habituel, celles qui ajoutaient un GLP-1 avaient un risque plus faible pour 42 problèmes de santé. Parmi eux :

  • le cœur et les vaisseaux : infarctus, AVC, caillots sanguins (dont l’embolie pulmonaire) ;
  • le cerveau : démence et maladie d’Alzheimer (respectivement 8 % et 12 % de risque en moins, selon Fortune), convulsions ;
  • la santé mentale : addictions (alcool, cannabis, stimulants, opioïdes), idées suicidaires, schizophrénie et troubles psychotiques ;
  • les poumons et les infections : pneumonie, insuffisance respiratoire, BPCO (la bronchite chronique du fumeur), septicémie ;
  • les reins et le foie : maladie rénale, cancer du foie.

« Les médicaments GLP-1 peuvent avoir de larges bénéfices pour la santé », résume l’auteur principal, le Dr Ziyad Al-Aly, dans le communiqué de l’université (traduit par nos soins). Mais il tempère aussitôt l’effet sur la démence : « Ce n’est pas la panacée », a-t-il déclaré à Fortune.

Le chercheur rappelle que l’effet reste modeste pour la plupart des maladies : environ 10 à 20 % de risque en moins. « Cet effet modeste n’enlève rien à l’intérêt potentiel de ces médicaments », ajoute-t-il.

Et quels risques augmentent ?

L’étude ne fait pas que du bien aux GLP-1. Le risque augmentait pour 19 problèmes de santé, dont :

  • les troubles digestifs : nausées, vomissements, douleurs au ventre, reflux, gastrite, estomac qui se vide trop lentement (gastroparésie) ;
  • les reins : calculs rénaux, inflammation des reins (néphrite interstitielle) ;
  • le pancréas : pancréatite liée au médicament, une inflammation qui peut être grave ;
  • la tension : tension trop basse et malaises ;
  • les articulations : arthrite (inflammation des articulations), douleurs articulaires, tendinites ;
  • le sommeil : troubles du sommeil.

« Ils ne sont pas sans risques », reconnaît Ziyad Al-Aly (traduit par nos soins). Les effets digestifs étaient déjà bien connus. Nous avons consacré des guides au reflux et à la diarrhée sous traitement.

Pourquoi rester prudent ?

  • C’est une étude d’observation. Elle compare des dossiers médicaux, sans tirage au sort. Elle montre que deux choses vont ensemble, pas que le médicament en est la cause. Les personnes à qui l’on prescrit un GLP-1 peuvent différer des autres sur bien des points.
  • La population est très particulière. Des vétérans américains, en majorité des hommes blancs et âgés, tous diabétiques. On ne sait pas si les résultats valent pour une femme de 40 ans traitée pour son poids.
  • Le recul est limité. Environ trois ans et demi de suivi en moyenne : on ne connaît pas les effets à 10 ans, ni ce qui se passe après l’arrêt du traitement, quand le poids revient souvent.

Le financement est public (le ministère américain des Anciens combattants). Deux auteurs ont déclaré avoir conseillé le laboratoire Pfizer, sans rémunération, selon le communiqué.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Rien dans l’immédiat : en France, ces traitements restent réservés à des indications précises. Ozempic est prescrit dans le diabète de type 2. Wegovy et Mounjaro sont remboursés dans l’obésité depuis le 15 juin 2026, mais uniquement dans les formes sévères. Aucun n’est autorisé contre Alzheimer, les addictions ou la dépression : ces pistes doivent encore être confirmées par de vrais essais cliniques.

  • Vous êtes sous traitement : signalez à votre médecin toute douleur au ventre intense et persistante, qui peut évoquer une pancréatite, ou une douleur dans le dos et les flancs, qui peut évoquer un calcul rénal.
  • Buvez suffisamment, surtout si vous mangez peu : la déshydratation favorise les calculs et les malaises.
  • Ne commencez jamais un GLP-1 en espérant prévenir Alzheimer ou une addiction : ce n’est pas démontré, et ces médicaments ont des effets indésirables réels.

Pour aller plus loin : notre guide complet des GLP-1 et notre article sur les os sous traitement.

👥 Vous êtes sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro ?

Rejoignez notre groupe Facebook d’entraide France & Belgique : questions, expériences, actus vérifiées, sans pub pour des médicaments.

Rejoindre le groupe

Sources

Cet article est fourni à titre d’information. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut