Vous êtes sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro et le verre de vin du soir vous fait moins envie ? Vous n’êtes peut-être pas seul. Selon un sondage américain publié mercredi dans la revue médicale JAMA Psychiatry, 44 % des personnes qui ont commencé un de ces traitements disent boire moins d’alcool depuis. Un chiffre frappant, mais qui repose sur ce que les patients racontent, pas sur une mesure.
Ce qu’il faut retenir
- Sur 242 Américains ayant commencé un GLP-1, 106 disent boire moins d’alcool (44,2 %).
- Chez les buveurs à risque, plus d’1 sur 2 dit avoir réduit (54,1 %).
- Sondage déclaratif sans groupe de comparaison : association n’est pas preuve.
- Aucun GLP-1 n’est autorisé contre la dépendance à l’alcool en France ou en Belgique.
Qu’ont-ils découvert ?
L’étude vient de l’école de santé publique de l’université Brown, aux États-Unis, avec des chercheurs de la RAND Corporation, de Harvard et de Duke. Elle est signée notamment par Lori Uscher-Pines, Ateev Mehrotra et Haiden Huskamp. Il s’agit d’une « lettre de recherche », un format court.
Les chercheurs ont interrogé plus de 2 000 adultes américains, choisis pour représenter la population du pays. Parmi eux, 242 avaient commencé un agoniste du GLP-1, la famille de médicaments qui imite une hormone intestinale de la satiété : sémaglutide (Ozempic, Wegovy), tirzépatide (Mounjaro)…
- Chez ces 242 patients, 106 disent boire moins d’alcool depuis le début du traitement, soit 44,2 % d’après le résumé de l’étude. Près d’1 personne sur 2.
- Chez les 129 personnes dont la consommation était jugée potentiellement à risque lors d’un questionnaire de dépistage, 71 disent avoir réduit, soit 54,1 %. Plus d’1 sur 2.
L’étude a été financée par l’Institut national américain sur l’abus d’alcool et l’alcoolisme (NIAAA), un organisme public. Pas par un laboratoire.
Est-ce que les experts y croient ?
Ce sondage s’ajoute à de vrais essais cliniques, plus solides. En mai 2026, un essai danois publié dans The Lancet, mené sur 108 personnes souffrant à la fois d’un trouble de l’usage de l’alcool et d’obésité, a montré moins de jours de forte consommation sous sémaglutide que sous placebo (un faux traitement). Le directeur du NIAAA, George Koob, a commenté pour les Instituts nationaux de la santé américains (NIH) : « Ces résultats concordent avec les études précédentes montrant que les GLP-1 pourraient être un traitement efficace du trouble de l’usage de l’alcool » (traduit par nos soins). Précision : son institut a aussi financé l’étude de Brown.
Joseph Schacht, professeur à la faculté de médecine de l’université du Colorado (campus Anschutz), a testé le sémaglutide en comprimé chez 50 gros buveurs pendant 8 semaines (étude parue dans l’American Journal of Psychiatry). Les participants ont réduit de moitié environ le nombre de verres les jours où ils buvaient, sans arrêter complètement plus souvent que sous placebo. Il résumait en juillet sur le site du réseau hospitalier UCHealth : « La plupart des personnes atteintes d’un trouble de l’usage de l’alcool ne veulent pas être abstinentes. Elles veulent garder le contrôle de leur consommation. » Il reconnaît aussi qu’on ignore encore si l’effet persiste après l’arrêt du médicament.
Pourquoi rester prudent ?
- C’est déclaratif. Personne n’a mesuré ce que les patients buvaient : ils l’ont dit eux-mêmes, et on a tendance à embellir.
- Pas de groupe de comparaison. Beaucoup de gens qui commencent un traitement pour maigrir changent aussi leur mode de vie. Impossible de dire si c’est le médicament ou la motivation. Association n’est pas preuve.
- Un petit nombre de patients. Le chiffre de 44 % repose sur 242 personnes seulement, aux États-Unis. Une grande étude d’observation américaine (programme All of Us) ne trouvait, elle, qu’une baisse modeste, d’environ 5 % sur un score de consommation.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
En France comme en Belgique, aucun GLP-1 n’est autorisé pour traiter la dépendance à l’alcool : Ozempic est prescrit dans le diabète de type 2, Wegovy et Mounjaro aussi dans l’obésité. En France, Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % dans l’obésité depuis le 15 juin 2026, mais seulement sous conditions strictes (indice de masse corporelle d’au moins 40, ou d’au moins 35 avec une maladie associée, après échec d’un suivi nutritionnel). Les prendre pour moins boire, hors de ce cadre, n’a pas de sens aujourd’hui.
Si vous êtes déjà sous traitement, quelques questions à poser à votre médecin ou à votre pharmacien :
- Est-ce que je peux boire de l’alcool avec mon traitement, et quels risques (nausées, hypoglycémie si je suis diabétique) ?
- Si j’ai du mal à contrôler ma consommation, existe-t-il un accompagnement adapté ?
- Ma consommation d’alcool doit-elle être prise en compte dans le suivi de mon traitement ?
Pour les règles pratiques, lisez notre guide alcool et Ozempic, Wegovy ou Mounjaro, et nos réponses aux questions fréquentes sur les GLP-1.
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Sources
- Uscher-Pines L, Sousa J, Busch AB et al. (Brown University), Patient-Reported Changes in Alcohol Use Following Glucagon-Like Peptide-1 Receptor Agonist Initiation, JAMA Psychiatry, 14 octobre 2026, doi:10.1001/jamapsychiatry.2026.3242
- Scimex, GLP-1s could help reduce alcohol intake (résumé du communiqué JAMA), 15 octobre 2026
- NIH Research Matters, GLP-1 plus therapy can reduce heavy drinking, NIH, 12 mai 2026
- UCHealth, GLP-1 weight-loss drugs may cut drinking and alcohol cravings, new study finds, 29 juillet 2026
- News-Medical, Study links GLP-1 treatment to fewer alcohol drinking days (Tyndall et al., Alcohol: Clinical and Experimental Research), 13 juillet 2026
- Vidal, Obésité : prise en charge de Wegovy et Mounjaro à partir du 15 juin 2026 sous conditions, 28 mai 2026 (mis à jour le 12 juin)
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