Sur TikTok, Reddit ou X, la Cerebrolysin est présentée comme « le peptide du cerveau » : mémoire, concentration, TDAH, récupération après un AVC. Des influenceurs se filment en train de se l’injecter. Pourtant, ce n’est pas un complément alimentaire. C’est un médicament injectable, dérivé de cerveau de porc, autorisé dans certains pays et pas du tout en France ni en Belgique. Voici ce que disent vraiment les études, les autorités et le fabricant.
L’essentiel
- Médicament injectable du laboratoire autrichien EVER Neuro Pharma, à base de peptides de cerveau de porc
- Autorisé en Autriche (1996), en Russie, en Chine et dans une vingtaine de pays ; pas en France, en Belgique, ni par l’EMA ou la FDA
- Cochrane 2023 (7 essais, 1 773 patients) : pas d’effet sur la mortalité après AVC, hausse probable des effets graves non mortels
- Démence vasculaire : bénéfice possible mais preuves de « très faible » qualité (Cochrane 2019)
- Aucun essai chez l’adulte sain ni dans le TDAH ; flacons du marché gris non contrôlés
La Cerebrolysin, c’est quoi exactement ?
La Cerebrolysin est une solution injectable du laboratoire autrichien EVER Neuro Pharma, basé à Unterach, près de Salzbourg. Sa substance active est une « fraction peptidique obtenue par protéolyse de protéines de cerveau de porc » (traduit par nos soins) : des protéines de cerveau porcin découpées par des enzymes en petits fragments (peptides) et en acides aminés. Chaque millilitre contient 215,2 mg de ce concentré, selon la notice officielle autrichienne (Fachinformation).
Un peptide est une courte chaîne d’acides aminés, les briques des protéines. Le fabricant parle de « neuropeptides » qui imiteraient les facteurs neurotrophiques, ces protéines qui aident les neurones à survivre. Problème : la composition exacte du mélange n’est pas publiée. Une analyse de 2024 (Journal of Medicine and Life, université Paracelsus de Salzbourg) compare la « signature peptidique » de la Cerebrolysin à douze copies asiatiques et russes et conclut que ces copies ont une composition « significativement différente ». Elle ne détaille pas pour autant les peptides de l’original.
Aucune indication officielle ne concerne une personne en bonne santé. Pour le contexte, relisez notre dossier sur Selank et Semax, deux autres « peptides du cerveau » venus de Russie, et notre enquête sur le Semax chez les biohackers.
Dans quels pays est-ce un médicament autorisé ?
La situation varie fortement selon le pays. En Autriche, la Cerebrolysin est autorisée depuis le 25 mars 1996 (numéro d’autorisation 1-21380), en « traitement de soutien des troubles cérébrovasculaires » : démence de type Alzheimer, démence vasculaire, séquelles d’AVC et traumatisme crânien. C’est une autorisation nationale, pas européenne.
En Russie, le registre Vidal.ru indique un enregistrement renouvelé le 2 avril 2025, sans limite de durée. Les indications y sont bien plus larges : AVC ischémique, traumatisme crânien, Alzheimer, troubles cognitifs, dépression résistante en association et, chez l’enfant, « hyperactivité avec déficit d’attention ». C’est de là que vient l’argument « TDAH » des réseaux sociaux. Aucune agence occidentale n’a validé cette indication. Selon la base Drugs.com, le produit est commercialisé dans une vingtaine de pays, dont la Chine, la Pologne, la Roumanie, le Vietnam ou le Mexique.
Aux États-Unis, le fabricant l’écrit lui-même : la Cerebrolysin « n’est pas enregistrée auprès de la Food and Drug Administration (FDA) » et n’est « pas approuvée pour la vente ou la distribution aux États-Unis » (traduit par nos soins). En Europe, il n’existe pas d’autorisation centralisée de l’Agence européenne des médicaments (EMA), seulement des autorisations nationales dans certains États membres. En France et en Belgique, la Cerebrolysin n’apparaît dans aucune liste de commercialisation : à notre connaissance, aucune autorisation de mise sur le marché n’y a été accordée. L’acheter en ligne revient donc à importer un médicament non autorisé.
| Pays / zone | Statut de la Cerebrolysin | Source |
|---|---|---|
| France | Non autorisée (aucune AMM connue) | Absente des listes Drugs.com et du fabricant |
| Belgique | Non autorisée (aucune AMM connue) | Absente des listes Drugs.com et du fabricant |
| Union européenne (EMA) | Pas d’autorisation centralisée | Autorisations nationales uniquement |
| Autriche | Médicament autorisé depuis 1996 (n° 1-21380), sur ordonnance | Fachinformation EVER Pharma, mars 2021 |
| Russie | Médicament enregistré, indications élargies (dont enfant) | Vidal.ru, enregistrement du 02/04/2025 |
| Chine, Pologne, Roumanie, Vietnam, Mexique… | Commercialisé localement | Drugs.com International |
| États-Unis (FDA) | Non enregistrée, vente interdite | Site du fabricant cerebrolysin.com |
Que dit la science sur l’AVC ?
C’est l’indication la mieux étudiée, et la plus décevante. La collaboration Cochrane, référence mondiale de l’évaluation des traitements, a publié en octobre 2023 la septième version de sa revue sur l’AVC ischémique aigu : 7 essais randomisés, 1 773 patients. Niveau de preuve : méta-analyse d’essais humains, certitude « modérée ».
Résultat : ajouter la Cerebrolysin au traitement standard ne réduit pas la mortalité (risque relatif 0,96 ; intervalle de confiance 0,65 à 1,41). Les auteurs écrivent que « la Cerebrolysin n’a probablement pas d’effet bénéfique sur le nombre total de personnes présentant des effets indésirables graves » et que « des preuves de certitude modérée indiquent aussi une augmentation potentielle des effets indésirables graves non mortels » (traduit par nos soins). Ce risque est multiplié par environ 2,4 (RR 2,39 ; IC 1,10 à 5,23) dans trois essais. Cochrane relève que trois des sept études impliquaient le fabricant.
Le plus grand essai, CASTA, a inclus 1 070 patients en Asie entre 2005 et 2009, avec 30 ml par jour pendant 10 jours (dose d’essai, pas une recommandation). Aucune différence avec le placebo sur les trois critères principaux à 90 jours. Seule une analyse a posteriori des AVC sévères montre une tendance, non significative. Le neurologue américain Matthew Fink (Weill Cornell) résume, dans un commentaire publié par Relias Media : « L’utilisation systématique de la Cerebrolysin dans l’AVC aigu n’est pas justifiée » (traduit par nos soins).
Et pour la démence, Alzheimer ou le traumatisme crânien ?
Démence vasculaire. Une autre revue Cochrane, mise à jour en novembre 2019, a analysé 6 essais et 597 patients. Elle observe un effet favorable sur les tests de mémoire et de raisonnement, mais juge la qualité des preuves « très faible » à cause d’un risque de biais élevé. Les auteurs, Cui et ses collègues, écrivent : « Bien que les études suggèrent un bénéfice du traitement par Cerebrolysin, les résultats ne sont pas définitifs » et ajoutent que si bénéfice il y a, « les effets pourraient être trop faibles pour être cliniquement significatifs » (traduit par nos soins).
Maladie d’Alzheimer. Des petits essais et une méta-analyse de 2015 (Gauthier et al.) suggèrent un effet sur la cognition dans les formes légères à modérées. L’Alzheimer’s Drug Discovery Foundation (ADDF), fondation américaine indépendante, note toutefois que « ces résultats n’ont pas encore été confirmés par des essais plus larges, randomisés et bien contrôlés » (traduit par nos soins). Aucune étude n’a testé la prévention de la démence.
Traumatisme crânien. L’essai CAPTAIN II (Neurological Sciences, 2020) a randomisé 142 patients dans un seul centre roumain. Il rapporte un effet « petit à moyen » sur un ensemble de 13 échelles à 90 jours ; plusieurs auteurs siègent au comité consultatif du programme CAPTAIN. Une méta-analyse de 2023 (Brain Sciences) compile dix études, mais la plupart sont des cohortes non randomisées, parfois sans comparateur, et trois sont financées par l’industrie. Niveau de preuve : faible.
TDAH, mémoire d’une personne saine. Nous n’avons trouvé aucun essai randomisé publié chez l’adulte sain ou dans le TDAH. L’indication pédiatrique russe repose sur un dossier local, non évalué par une agence occidentale.
Quels sont les effets indésirables connus ?
La notice autrichienne liste des effets « rares » : perte d’appétit, agitation, vertiges, bouffées de chaleur et sueurs en cas d’injection rapide. Et des effets « très rares » : réactions allergiques, palpitations, troubles digestifs, réactions au point d’injection et des cas isolés de crises d’épilepsie généralisée. Le produit est contre-indiqué en cas d’état de mal épileptique et d’insuffisance rénale sévère, et déconseillé sur terrain épileptique ou allergique.
Dans les essais, la tolérance est souvent décrite comme « comparable au placebo ». Mais la revue Cochrane 2023 nuance ce tableau avec son signal d’effets graves non mortels. L’ADDF ajoute un risque propre aux produits d’origine animale : « il existe un risque de contamination bactérienne, virale ou fongique du produit » (traduit par nos soins), et la composition peut varier d’un lot à l’autre.
Pourquoi les biohackers s’y intéressent-ils, et pourquoi rester prudent ?
L’engouement a changé d’échelle en 2024-2025. Le forum Reddit r/Cerebrolysin comptait environ 3 100 membres en août 2024, d’après Dan Elton et Greg Fitzgerald, auteurs d’une analyse critique sur LessWrong. Des créateurs touchent des commissions d’affiliation en renvoyant vers le marché gris, comme l’a documenté une étude de 2024 dans Performance Enhancement & Health sur les influenceurs « nootropiques ».
Voici pourquoi la prudence s’impose :
- Preuves fragiles. Elton et Fitzgerald relèvent que « neuf des dix premiers articles de la première page de résultats ont des auteurs affiliés à Ever Pharma » dans Google Scholar (traduit par nos soins). Cochrane fait le même constat de liens industriels.
- Produit injectable. Une injection hors cadre médical expose à des infections et des réactions allergiques, comme pour tout peptide injectable, y compris le BPC-157.
- Marché gris et contrefaçons. Les flacons vendus en ligne échappent à toute pharmacovigilance, et les copies analysées en 2024 différaient de l’original. Notre analyse de 6 000 tests de pureté montre l’ampleur du problème.
- Illégalité. Importer un médicament sans AMM en France ou en Belgique vous expose à une saisie en douane et vous prive de tout recours.
- Aucun bénéfice démontré chez une personne saine. Pas d’essai, donc pas de rapport bénéfice/risque calculable.
Les questions à poser à votre médecin
- Mes troubles de mémoire ou d’attention ont-ils une cause identifiée et un traitement validé ?
- Existe-t-il un essai clinique encadré auquel je pourrais participer ?
- Ai-je des antécédents (épilepsie, allergie, insuffisance rénale) qui rendraient ce type de produit dangereux ?
- Vers qui déclarer un effet indésirable (centre de pharmacovigilance, AFMPS en Belgique, ANSM en France) ?
Ce qu’il faut retenir
- Médicament injectable à base de peptides de cerveau de porc, autorisé en Autriche, en Russie, en Chine et dans une vingtaine de pays, mais ni en France, ni en Belgique, ni par l’EMA ou la FDA.
- Pour l’AVC, la revue Cochrane 2023 conclut à une absence d’effet sur la mortalité et à une hausse probable des effets graves non mortels.
- Pour la démence vasculaire et Alzheimer, les signaux positifs reposent sur des preuves de très faible qualité, jugées « non définitives ».
- Aucune étude ne soutient un usage « nootropique » chez une personne saine ni dans le TDAH.
- Les flacons du marché gris ne sont ni contrôlés ni légaux : parlez-en à votre médecin avant toute décision.
La rédaction
Questions fréquentes
La Cerebrolysin est-elle légale en France et en Belgique ?
Non, à notre connaissance. Elle ne dispose d’aucune autorisation de mise sur le marché en France ni en Belgique, et aucune autorisation centralisée de l’EMA n’existe. Les autorisations sont nationales, par exemple en Autriche (depuis 1996) ou en Russie. Importer le produit revient à importer un médicament non autorisé.
La Cerebrolysin améliore-t-elle la mémoire d’une personne en bonne santé ?
Aucun essai randomisé publié ne l’a testé chez l’adulte sain. Les seules données humaines concernent des patients atteints d’AVC, de démence ou de traumatisme crânien, et elles restent de qualité faible à modérée.
Que conclut Cochrane sur la Cerebrolysin après un AVC ?
La revue Cochrane d’octobre 2023 (7 essais, 1 773 patients) conclut que la Cerebrolysin ne réduit probablement pas la mortalité et augmente probablement les effets indésirables graves non mortels. Niveau de certitude : modéré.
La Cerebrolysin est-elle efficace contre Alzheimer ou la démence vasculaire ?
Des petits essais suggèrent un effet sur les tests cognitifs, mais la revue Cochrane 2019 sur la démence vasculaire juge les preuves de très faible qualité et « non définitives ». L’ADDF rappelle qu’aucun grand essai bien contrôlé n’a confirmé ces résultats dans Alzheimer.
Quels sont les effets secondaires de la Cerebrolysin ?
Selon la notice autrichienne : perte d’appétit, agitation, vertiges, bouffées de chaleur, réactions allergiques, palpitations, troubles digestifs et, très rarement, crises d’épilepsie. Elle est contre-indiquée en cas d’état de mal épileptique et d’insuffisance rénale sévère.
La Cerebrolysin traite-t-elle le TDAH ?
Seul le dossier d’enregistrement russe mentionne une indication pédiatrique « hyperactivité avec déficit d’attention ». Aucune agence occidentale ne l’a validée et nous n’avons trouvé aucun essai randomisé publié sur ce sujet.
Pourquoi les flacons achetés en ligne posent-ils problème ?
Ils échappent à tout contrôle de qualité et de pharmacovigilance. Une analyse de 2024 a montré que des copies asiatiques et russes avaient une composition différente de l’original. S’y ajoutent les risques d’infection liés à une injection hors cadre médical et l’illégalité de l’importation.
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Sources
- Ziganshina LE et al., Cerebrolysin for acute ischaemic stroke, Cochrane Database of Systematic Reviews, 11 octobre 2023 (CD007026.pub7)
- Cochrane, résumé en langage simple : Cerebrolysin for acute ischaemic stroke, 2023
- Cui S et al., Cerebrolysin for vascular dementia, Cochrane Database of Systematic Reviews, 11 novembre 2019 (CD008900.pub3)
- EVER Neuro Pharma, Fachinformation Cerebrolysin (RCP autrichien), Stand März 2021
- EVER Neuro Pharma, About Cerebrolysin (statut FDA, indications, prescription), cerebrolysin.com
- Vidal.ru, Церебролизин : enregistrement russe ЛП-№(009552)-(РГ-RU) du 02/04/2025, indications, effets indésirables
- Drugs.com, Cerebrolysin (International) : pays de commercialisation
- Medical University of Vienna (Altmann), The CASTA trial : présentation des résultats (Heiss et al., Stroke 2012)
- Muresanu DF et al., Efficacy and safety of cerebrolysin in neurorecovery after moderate-severe traumatic brain injury: results from the CAPTAIN II trial, Neurological Sciences, 2020
- Jarosz K et al., Cerebrolysin in Patients with TBI: Systematic Review and Meta-Analysis, Brain Sciences, 2023
- Seidl LF, Aigner L, Comparing the biological activity and composition of Cerebrolysin with other peptide preparations, Journal of Medicine and Life, janvier 2024
- Alzheimer’s Drug Discovery Foundation (Cognitive Vitality), Cerebrolysin : évaluation des preuves et de la sécurité, 22 septembre 2016
- Fink ME, Cerebrolysin Is Unproven as a Neuroprotectant for Acute Ischemic Stroke, Relias Media (commentaire sur la revue Cochrane)
- Elton D, Fitzgerald G, WTH is Cerebrolysin, actually?, LessWrong, 6 août 2024
- Cox L, Piatkowski T, Influencers and ‘brain building’ smart drugs, Performance Enhancement & Health, 2024
- Wikipedia (EN), Cerebrolysin : synthèse des sources et usage en Eurasie
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. La Cerebrolysin n’est pas autorisée en France ni en Belgique : ne vous procurez jamais un médicament injectable hors du circuit pharmaceutique. Texte préparé avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle et vérifié par la rédaction.
