Le glioblastome est le cancer du cerveau le plus agressif. Quand il est découvert, les médecins parlent en mois, rarement en années. Ce mercredi 7 octobre, la biotech américaine MimiVax et le centre anticancéreux Roswell Park, à Buffalo (États-Unis), ont annoncé les résultats d’un essai mené sur un vaccin à base de peptides, baptisé SurVaxM. Le bilan est contrasté : l’objectif principal n’est pas atteint, mais un signal net apparaît chez les patients de 65 ans et moins.
Ce qu’il faut retenir
- 233 patients atteints d’un glioblastome tout juste diagnostiqué, vaccin ou placebo en plus du traitement habituel.
- Objectif principal manqué : 22,8 mois de survie médiane contre 20,3 mois, écart non significatif.
- Chez les 65 ans et moins : 24,2 contre 20,2 mois, et 42 % contre 18 % en vie à 30 mois.
- Résultats issus d’un communiqué, non publiés ; vaccin non autorisé, aucun essai ouvert actuellement.
Comment fonctionne ce vaccin ?
Ce n’est pas un vaccin qui empêche d’attraper une maladie. C’est un traitement, donné après le diagnostic. Il contient un peptide, c’est-à-dire un petit morceau de protéine fabriqué en laboratoire.
Ce morceau imite une partie de la survivine, une protéine qui aide les cellules cancéreuses à survivre. Selon ses concepteurs, elle est présente dans environ 95 % des glioblastomes. L’idée : montrer ce « portrait-robot » au système immunitaire, pour qu’il apprenne à reconnaître la tumeur et à l’attaquer. Le produit est injecté sous la peau.
Pour en savoir plus sur ces petites molécules, consultez notre dossier sur les peptides.
Que montre l’essai ?
L’essai a porté sur 233 patients dont le glioblastome venait d’être diagnostiqué, dans 11 centres américains. Tous ont reçu le traitement habituel. En plus, trois patients sur cinq ont reçu le vaccin, les autres un placebo (une injection sans produit actif). Ni les patients ni les médecins ne savaient qui recevait quoi.
- Sur l’ensemble des patients : la moitié des patients vaccinés étaient encore en vie à 22,8 mois, contre 20,3 mois sous placebo. L’écart n’est pas statistiquement significatif : il pourrait être dû au hasard. L’objectif principal est donc manqué.
- Chez les 65 ans et moins, un groupe défini à l’avance : 24,2 mois contre 20,2 mois, soit quatre mois de plus. Cette fois, l’écart est significatif.
- À 30 mois, toujours chez les 65 ans et moins : environ 42 % des patients vaccinés étaient en vie, contre 18 % sous placebo. Plus de deux fois plus.
Côté tolérance, les effets les plus fréquents sont des réactions au point d’injection : douleur, rougeur, démangeaisons. Les effets indésirables graves sont proches entre les deux groupes, et aucun décès n’a été attribué au traitement, selon le communiqué.
« For patients 65 and under, this is one of the strongest signals we have seen in newly diagnosed glioblastoma in a long time », affirme le Dr Robert Fenstermaker, co-investigateur principal, soit « chez les patients de 65 ans et moins, c’est l’un des signaux les plus forts que nous ayons vus depuis longtemps dans le glioblastome nouvellement diagnostiqué » (traduit par nos soins). Il est aussi cofondateur et directeur médical de MimiVax.
Pourquoi rester prudent ?
- Qui parle ? Les résultats viennent d’un communiqué de l’entreprise et de l’hôpital. Ils n’ont pas encore été publiés dans une revue scientifique, ni relus par des experts extérieurs. Les deux médecins cités par le communiqué sont liés à MimiVax ou à l’essai.
- Le test principal a échoué. Le bénéfice ne ressort que dans un sous-groupe. Même prévu à l’avance, ce type de résultat reste une piste, à confirmer dans un essai plus large. La presse médicale américaine, comme CancerNetwork, titre d’ailleurs sur l’objectif manqué.
- Un placebo « trop bon ». Les patients sous placebo ont vécu plus longtemps que prévu (20,3 mois, contre 16 mois attendus), ce qui rend la comparaison plus difficile, explique l’entreprise. C’est plausible, mais cela reste son interprétation.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Pour l’instant, rien dans la pratique. SurVaxM est un traitement expérimental, autorisé nulle part dans le monde, ni aux États-Unis, ni en Europe. Selon le communiqué, aucun essai sur ce vaccin dans le glioblastome n’est actuellement ouvert aux inscriptions. MimiVax prévoit de rencontrer l’agence américaine du médicament dans les prochains mois pour discuter de la suite.
En France comme en Belgique, le traitement de référence reste le protocole dit « de Stupp », en place depuis 2005 : une chirurgie pour retirer le plus possible de la tumeur, puis de la radiothérapie associée à une chimiothérapie en comprimés, le témozolomide. Il n’a pas fondamentalement changé depuis une vingtaine d’années.
Si vous ou un proche êtes concernés, les bonnes questions à poser au neuro-oncologue :
- Existe-t-il un essai clinique ouvert, en France ou en Belgique, adapté à ma situation ?
- Mon centre participe-t-il à des recherches en immunothérapie ?
- Comment suivre l’avancée de ce type de vaccin ?
Méfiez-vous enfin de toute offre en ligne de « peptides anticancer » : ce vaccin n’est pas vendu, et les produits proposés sur Internet échappent à tout contrôle, comme le montre notre enquête sur le trafic de peptides.
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Sources
- Communiqué MimiVax et Roswell Park (PR Newswire), 7 octobre 2026 — source primaire
- Communiqué Roswell Park Comprehensive Cancer Center, 7 octobre 2026
- CancerNetwork : « Novel Cancer Vaccine Plus Temozolomide Miss Primary End Point in Glioblastoma »
- Targeted Oncology : « SurVaxM Improves OS Only in Younger Subgroup in Newly Diagnosed Glioblastoma »
- Wikipédia : Glioblastome (protocole de Stupp, référence Stupp et al., NEJM 2005)
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
